Lorsque je suis seule quelque part, et qu’il n’y a aucun bruit, ils sont là, eux, et se manifestent. Ils m’accompagnent toute la journée, de l’éveil à la nuit, sans relâche. Ils se font parfois plus discrets, du moins en ai-je l’impression, quand mon attention est absorbée par une tâche ou une activité quelconque, mais ils ne me quittent pas pour autant. Bien honnêtement, ce n’est pas à ce moment-là qu’ils sont le plus dérangeants. J’en suis même venue à avoir l’impression qu’ils font partie de ma vie, qu’ils font partie de moi.

Mais la plupart du temps, ils m’empoisonnent l’existence. Ils tordent les mots qu’on me destine, ils m’empêchent d’entendre quand on s’adresse à moi, de loin. Si je veux dormir, eux, ils tentent l’impossible pour que ça n’arrive pas, puisque quand je dors, je ne réalise pas que je les entends. J’ai parfois peur qu’un jour, ils prennent tant de force que j’en vienne à croire que la surdité totale serait préférable. En ce moment même, tout ce qui compose la trame sonore de ma vie quotidienne se déroule en arrière-plan, parce qu’eux ont décidé de voler la vedette. Que je le veuille ou non. Et je ne peux même pas me boucher les oreilles pour ne plus entendre, parce qu’ils viennent de l’intérieur.

Je veux à nouveau entendre le bruit des feuilles dans le vent d’automne. J’ai envie du silence autour de moi, comme d’un verre d’eau en pleine canicule. Je voudrais qu’ils se taisent… à jamais.

Est-ce possible?