C’est ce que j’envisage de plus en plus. Parce que je me demande à quoi ça sert, d’être douée, quand on ne peut pas correctement se servir d’un tel don? La province sombre dans une assimilation linguistique si subtile qu’on ne s’en rend pas compte (et on prétend que ceux qui tirent la sonnette d’alarme crient au loup), nos jeunes écrivent au son parce que leurs enseignants ne connaissent pas suffisamment la langue qu’ils prétendent transmettre… et moi qui souhaite de toutes mes forces « importer » les mots d’une langue connue vers une langue aimée, la mienne, je n’y arrive tout simplement pas. Soit parce qu’un client tarde tellement à payer mes honoraires qu’il a fait sauter mon trimestre d’université (faute de paiement des frais de scolarité du précédent), soit parce qu’un autre client fait « examiner » mes textes par un réviseur parisien qui s’imagine qu’ici aussi, parking et pull-over sont acceptables pour stationnement et chandail; et du coup rejette tout mon travail du revers de la main sans me soumettre quelque correction que ce soit pour que je puisse voir les prétendues erreurs de traduction; ou encore, un cabinet de traduction prétendument sérieux me vire sans raison et me remplace par une personne qui ne sait même pas faire la différence entre une terminaison de conjugaison en -er et en -ez.
C’est pour ça qu’aujoud’hui, j’ai vraiment, mais vraiment très envie de tirer sur la plogue. Je n’ai même plus envie de tenter de chercher ailleurs un gagne-pain qui me permettrait de vivre de ce que j’aime tout en apportant ma modeste contribution au maintien du bon français dans les entreprises d’ici. Parce que JE SAIS qu’on ne me prendra pas au sérieux, on ne l’a jamais fait. Combien de fois m’a-t-on dit par le passé : « Avec tes capacités, tu pourrais teeeellement faire mieux que du secrétariat… » À tous ceux-là je réponds : c’est de la foutaise, ce que vous dites. Parce que j’ai osé le croire, et j’ai tenté d’améliorer mon sort « avec mes capacités » justement et où en suis-je? Nulle part.
Alors je dis merde à tout cela. Je finirai très certainement mon certificat, puisque je l’ai commencé, mais ensuite… j’irai travailler dans une shop, à salaire moyen, job moyenne, vie moyenne, ennui au-dessus de la moyenne. Et je ferai semblant que je n’ai rien appris. J’ornerai mes phrases de sacres, d’anglicismes, de mauvaises tournures, pour ne pas me démarquer. Et tranquillement, sans m’en rendre compte, je m’assimilerai moi aussi. Du moins aurai-je un salaire pour ça…
Mercredi, janvier 16, 2008 at 16:42
Oh Babe…
Mercredi, janvier 16, 2008 at 18:23
Il ne faut pas te laisser abattre par ces PM à la con… j’ai moi aussi eu mon lot de PM-à-la con qui confonde français FR et français CA…
Un collègue m’avait conseillé de ne argumenter avec ces gens là, mais je pense au contraire que c’est un devoir de ne pas se laisser marcher dessus!
C’est pas facile la pige, mais dis-toi que la pâture n’est pas plus verte chez le voisin…
Mercredi, janvier 16, 2008 at 18:24
oups pour les typos.. pas moyen d’éditer *honte*
Mercredi, janvier 16, 2008 at 19:43
Tu passes un mauvais moment mais ne laisse pas des trous de cul te marcher dessus, tu es maline et tu as de la volonté , mais je te comprend, et je suis daccord avec Maylanie, l’herbe est pas plus verte chez le voisin! Aller ma belle pète tes bretelles tu vaux plus que c’est crétin! Bisous beauté j’taime fort xxx
Mercredi, janvier 16, 2008 at 22:43
Moi, ici, je sors mon vieux, fameux et très utile : “Y’arrive rien pour rien”. Le reste sera écrit dans quelques mois. Et puis au fond du fond, c’est vrai que c’est foutrement déstabilisant, parfois, de se river le nez à du hautain, à de l’incompétence en certains cas, à des re-gne-gne’s. On sacre un bon coup, on remet tout en question, on s’indigne… et puis on finira bien par sourire de l’épisode, éventuellement. D’ici là, cheer up !
Jeudi, janvier 17, 2008 at 19:50
Non mais fait comme moi. Une bonne job au McDo pis apres tu rentres dans ton 1 et demi pour écouter Virginie. CA c’est la grosse vie sale !!
Vendredi, janvier 18, 2008 at 12:40
Si c’était moi qui décidait à qui allaient les contrats de traduction, je te les donnerais… c’est sûr et certain! C’est vraiment poche comme réaction de faire vérifier le tout par un Parisien… Hey, chose, o(mon accent pour le “U” a disparu)u sommes-nous !??! Au Québec !? Haaaaaa bin r’garde donc la coïncidence toi! Suprenante, la vie, n’est-ce pas !??!
Vendredi, janvier 18, 2008 at 14:35
Choco : ouais…
Maylanie : merci de tes encouragements et encore davantage du fait que tu m’aies laissé un commentaire. Mais j’ai sérieusement du mal à m’en remettre, cette fois.
Annie : je sais que l’herbe n’est pas plus verte chez le voisin. C’est pour ça que je choisis un gazon jaune et sec. Au moins je sais ce qui m’attend.
Intellex : mouais, peut-être que j’en rirai.. Mais «quelques mois» c’est long, quand y a pas de paie qui rentre…
prodige : si je n’avais pas de famille, c’est ce que je me résignerais à faire.
Annick : t’es merveilleuse, juste pour l’avoir pensé. Merci. xxx
Lundi, janvier 21, 2008 at 12:29
Mais quel métier ingrat… Et une fois de plus, les Français sont égaux à eux-mêmes.
Vendredi, janvier 25, 2008 at 11:59
Voyou : oui, la traduction est un métier très ingrat. Faut vraiment être passionné pour vouloir faire ça. Et les français… on fait avec, on n’a pas le choix…
Samedi, janvier 26, 2008 at 21:47
On ne sait jamais ce que les lendemains nous réservent. Qui sait si ce que tu as semé au cours des dernières années ne fleurira pas dans quelques jours ? Mais c’est vrai qu’il faut être vraiment fort pour survivre à la pige. Ça prend beaucoup de temps pour trouver de bons contacts, développer des réseaux et pouvoir envoyer promener ceux qui nous crachent dessus. Ils sont souvent les plus nombreux. Et sont souvent les premiers que l’on rencontre. Mais il y en a d’autres…
Mardi, janvier 29, 2008 at 11:33
Pierre-Yves : comme tu dis, on ne sait jamais. Je viens d’accepter un emploi à temps plein pour un an – un contrat de remplacement. Je vais laisser décanter un peu, pour la traduction, accepter ce que mes clients existants m’enverront et me satisfaire de recevoir un salaire fixe et régulier pendant un an, question de me calmer un peu. Quand je me serai refait des forces, peut-être me sentirai-je d’attaque pour recommencer à faire du harcèlement (pour être payée) en parallèle avec mes activités professionnelles. D’ici là, voyons ce que ce que j’ai semé donnera. Ton mot m’encourage tout de même beaucoup, et je suis touchée que tu aies pris le temps de me l’écrire… merci!!
Lundi, février 25, 2008 at 10:07
[...] kidnappée par les extraterrestres non plus. Mais je manque de temps. Après mon écoeurite de cette fois-là, je me suis tournée une nouvelle fois vers les agences et décroché un emploi temporaire [...]