Ce billet risque de m’attirer, j’en suis fort consciente, quelques messages haineux, parce que je vais dire les choses telles qu’elles sont. J’assumerai.  Mais ce qui m’est arrivé lundi matin n’est rien pour me donner une bonne opinion des origines du type avec qui j’ai vécu cet événement.

 Voyez-vous, j’ai eu un accident de voiture, lundi matin. Pas un accrochage, mais un accident, qui nécessite qu’on fasse venir remorqueuse et policiers. En l’occurence, c’étaient des policières; apparemment, le type avait un mauvais karma…

Le soleil était aveuglant, lundi matin, si bien que je n’avais pas vu que le feu était au jaune. Mais j’ai vu à la dernière minute seconde qu’il était devenu rouge; en voulant freiner, en panique, mon pied a glissé de la pédale de frein. Le temps que j’appuie de nouveau dessus, il était trop tard, la voiture du type m’était rentrée dedans. 

Je vous rassure tout de suite, je n’ai absolument rien, si ce n’est qu’une bonne série de courbatures. Rien de cassé (sauf mon orgueil), rien de déplacé (sauf peut-être le doigt d’honneur que je ne lui ai jamais fait). Je sors de ma voiture pour constater les dégâts; Monsieur, lui, est déjà en train de vociférer devant la sienne.  Et remarquez que je peux comprendre qu’on puisse être contrarié et même en colère, quand ça arrive. Mais…

Moi : Est-ce que vous allez bien? Pas de blessures?
M. l’accidenté : Mais regarde cé qué ti viens de faire!! Jé viens de payer pour faire arranger ça!
Moi : Écoutez, j’ai eu un problème de freinage (Inutile de prendre trop de temps à expliquer…), j’en suis désolée!
M. l’accidenté : Mais tout est brisé, et c’est ta faute!
Moi : Bon, écoutez bien, je pourrais m’excuser 40 fois, me mettre à genoux et même bouffer l’asphalte si vous le demandez, mais je ne vois pas en quoi ça va changer quelque chose, là! On fait quoi? Un constat à l’amiable ou bien je fais venir la police?
M. l’accidenté : Non pas la police, ti viens avec moi au garage, et ti paies pour ma réparation, et jé né férai pas dé poursuite… (Ben oui, chose, bien essayé!!)

Entre-temps, une remorqueuse est arrivée (à point) et le conducteur s’est chargé de la situation. Il était temps, parce que moi, je commencais à avoir une « légère » crise de panique…

Remorqueur : Madame, allez vous asseoir dans votre voiture et essayez de vous calmer, je m’occupe de monsieur.  (Monsieur me suit pour s’asseoir dans mon auto)… Non, non, non, Monsieur! Laissez-la tranquille, elle n’est pas en état de quoi que ce soit pour le moment!
Monsieur l’accidenté (s’adressant à moi) : C’est OK, c’est OK, si ti n’as pas d’argent, on va s’arranger, jé né vais pas té nuire…

À l’arrivée des policières, procédures de base. On déplace les véhicules vers un endroit moins dangereux et débutons les prodécures, je leur remets mes papiers. On me demande si je veux être conduite à l’hôpital (non), si je crois être en mesure de conduire pour aller à mon travail (oui). Ensuite, dialogue un tantitnet inhabituel entre la policière numéro 1 et monsieur l’accidenté. 

M. l’accidenté : …mais jé té dis qué c’est à cause d’elle…
Policière : Monsieur, écoutez-moi!! Ce que je vous explique n’a aucun rapport avec l’accident qui vient d’arriver, je vous dis que vos papiers…
M. l’accidenté (l’interrompant) : Mais il est encore bon pour trois mois!!!
Policière : Monsieur? Ce permis-là est un permis algérien, ce n’est pas un permis international. Vous êtes résident permanent au Québec?
M. l’accidenté : Oui, oui, oui!
Policière : Alors vous devez, selon la loi, détenir un permis de conduire du Québec.
M. l’accidenté : Mais jé dis qué c’est elle qui m’est rentrée dedans ma voiture! (Faux, j’ai grillé le feu rouge, mais c’est lui qui m’est rentré dedans.  Ça n’enlève en rien ma responsabilité mais faut pas charier, là…)
Policière : On parle d’autre chose, là, monsieur . Vous conduisiez sans permis!
M. l’accidenté : Mais régardez, ti l’as, mon permis! Il est encore bon pour trois mois…

Bref. L’histoire se termine moins mal qu’on pourrait le croire, pour moi.  Mes dommages se limitent à une aile et un pare-chocs à remplacer, et mon pneu s’est fendu, ce qui fait que je suis retournée chez moi, à la fin de la journée, avec ma roue de secours, installée par monsieur le remorqueur, tout en sachant que je n’avais pas de quoi payer. Parce que le civisme existe encore, a-t-il dit. Et oui, je suis allée travailler cette journée-là (on était à personnel réduit, lundi). Hier, après examens cliniques, on a confirmé que je n’ai rien de déplacé, juste l’impression d’être passée dans un hachoir à viande (à cause du stress). Il y a vraiment un ange de la route qui veille sur moi. Qui qu’il soit, je l’en remercie.

Mais si j’ai une seule chose à dire après ceci, c’est un conseil que j’ai envie de donner à n’importe quel aspirant à l’immigration au Québec : « Si tu veux quitter ton pays pour venir vivre dans le mien, pas de problème.  Mais n’oublie pas une chose : les lois et la coutume d’ici sont très différentes de celles de chez toi.  Si tu choisis de vivre ici, tu devras t’y plier. Argumenter avec tout le monde, en particulier avec la police, essayer de toujours mettre le blâme sur les autres, discuter, argumenter encore juste pour avoir raison, ça n’est pas une bonne attitude à avoir. Peut-être que chez toi, c’est culturel de toujours vouloir avoir raison, de croire que tu sais tout et que les autres sont des tarés, en particulier si les autres en question sont des femmes, ici, on essaie d’éviter ça. Ici, les femmes sont les égales des hommes (du moins, on travaille fort pour y arriver). Ici, on laisse parler le monde AVANT d’argumenter avec eux, question de s’assurer qu’on ne s’obstine pas pour la même chose. Ici, c’est ici, et chez toi, c’est chez toi; c’est probablement cette différence-là qui fait que tu veux quitter chez toi pour vivre ici. Alors, respecte-la donc, cette différence. N’essaie pas d’importer tes lois, elles ne passeront pas. Et sache que le respect qu’on obtient, il est souvent égal à celui qu’on donne. »

Je le sais, mon opinion ne plaira pas à tous. Sauf qu’une personne avertie en vaut deux.