Il n’est pas rouge. Il n’appartient pas non plus à un fantôme, quoique… Il n’a aucune valeur sur le marché des collectionneurs. Il ne s’agit que du violon d’un très vieil homme, qui l’a vendu à une grand-maman qui, elle, a pensé que cela ferait plaisir à son petit-fils.

Car le petit-fils en question, voyez-vous, il a la musique dans le sang. Il a attrapé la piqûre vers 5-6 ans, avec un harmonica, quand il a été capable de reproduire le rif du début de Tassez-vous de d’là, des Colocs. Ensuite, ça a été la flûte à bec, comme tous les enfants de première année. « J’aime la musique, » qu’il disait souvent, « c’est ma matière préférée, avec l’anglais. »

Sa grand-mère, quand elle a su qu’il aimait la musique, lui a demandé s’il aimerait un jour avoir un clavier électronique, pour apprendre à jouer du piano. Elle le lui offrit pour ses 11 ans, avec une session de cours auprès d’une professeure qu’elle connaissait bien.

Ensuite, ce fut une guitare. Parce qu’une fois, en visite chez une amie de son papa, il en a pris une dans ses mains et a fait quelques notes. Comme ça, pour le fun. Sa maman lui en acheta donc une à lui. Il était fou de joie. Armé de son nouvel instrument, il allait sur Internet pour voir comment les grands faisaient, et les imiter… En moins de quelques semaines, il arrivait à jouer des chansons connues. Oh, bien sûr, il y avait quelques hésitations, mais il était fier d’avoir appris tout seul. Plus tard, un ami de son papa lui donna la guitare électrique de son propre fils, qui dormait, toute neuve, dans son sous-sol depuis des années.

Et plus tard encore, il demanda, comme cadeaux d’anniversaire et de Noël combinés, une guitare électrique un peu plus métal, à son goût à lui. Et comme sa maman trouvait qu’il valait la peine de l’encourager, elle la lui offrit l’année de ses 14 ans.

Et il jouait à chaque jour, que ce soit en écoutant de la musique et en jouant en même temps pour apprendre, ou en solo. Dès qu’il avait un moment de libre, il prenait l’une de ses guitares et jouait. Ou bien il branchait son clavier à son ordinateur et s’amusait avec les sonorités.

Et la semaine dernière, sa grand-mère est venue lui donner ce violon… La maman, partagée entre le plaisir de voir son fils heureux et l’appréhension des fausses notes stridentes et criardes qui attendait la maisonnée, le temps qu’il apprenne à s’en servir comme il faut, ne dit rien, et sourit. Parce que sur un violon, il n’y a aucun repère pour les notes, il faut savoir, paraît-il. Ce n’est pas facile à apprendre, qu’on dit.

L’ado-musicien a pris le violon, tout content… Il l’a manipulé un peu, a doucement pincé les cordes… Et puis il l’a mis sur son épaule, a pris l’archet. Et en moins de vingt minutes, il produisait une gamme. Les jours qui ont suivi, il a poussé l’originalité jusqu’à tenter de jouer du Ozzy Osbourne avec son nouvel instrument. Et il y est arrivé. Encore une fois, c’est certain qu’il y a des hésitations, que les notes ne sont pas encore pures. Faut lui donner une chance, ça ne fait qu’une semaine qu’il l’a. Et pas une fois depuis le premier soir, le violon n’a chuinté.