Tu passes une vie avec quelqu’un
Au début il t’a protégée
T’a nourrie, habillée, mis un toit sur ta tête
T’a disciplinée et tu t’es rebellée
Puis tu as vieillis un peu et compris

Tu sais qu’il t’aime et bien sûr tu l’aimes, aussi
Il n’a jamais rien dit, mais le jour de tes noces
Tu l’as bien senti, le gros nœud dans sa gorge, quand il t’a conduite.

Puis un jour, l’Horrible est venu le menacer, avec sa face de Cancer.

Une fois, le premier round, c’est lui qui l’a remporté.
Deux fois, le deuxième round, on le pensait aussi… mais.

Il est aussitôt revenu à la charge l’Horrible, avec une ruse qui n’a pas pu être esquivée.

Et là, je le regarde se battre pour gagner du temps.

Et je crains le jour où il dira : Assez de ces merdes
qui me rendent malade d’être malade,
Assez.

Ce jour-là… je serai encore plus démunie que qu’aujourd’hui,
Où je fais semblant d’être forte
Mais où la petite fille qui vit toujours en moi
N’a qu’une seule envie,
Celle de crier, de supplier :

Je t’en prie, Papa… Ne pars pas…

Elle est forte comme un roc. Si la résilience avait un visage, ce serait le sien. Elle est la première fille de sa famille, arrivée après quelques frères. A dû montrer l’exemple pour ses jeunes soeurs, arrêter de fréquenter l’école après sa 7e année, où elle avait d’excellents résultats scolaires, parce que son destin de fille exigeait qu’elle travaille pour aider la famille. A eu son coeur brisé par un amoureux avant de rencontrer l’Homme, celui qui la ferait mère. L’a épousé et lui a donné trois enfants. Mais l’Homme n’aura jamais eu le temps de voir naître sa 3e enfant, un accident de la route l’ayant fauché dans la fleur de l’âge. Elle accoucha donc, toute seule, d’une jolie 2e petite fille, s’interdit de s’appitoyer, parce qu’elle avait maintenant trois petites vies qui dépendaient d’elle, qu’elle avait (et ferait) toujours fait passer avant la sienne.

Revint ensuite l’amoureux qui ne l’avait finalement jamais oubliée. Un peu trop vite pour elle. Mais elle pensait surtout aux enfants et le laissa s’installer dans leurs vies. Il les aima comme les siens et prit soin, du mieux qu’il savait, d’eux et d’elle. Et un gros petit garçon vint compléter cette famille reconstituée, avant que le terme devienne à la mode.

Elle a trimé dur pour les élever tous les quatre pendant que l’amoureux travaillait de longues heures pour gagner les sous du logis, de la nourriture, des vêtements… Elle a vu ses enfants grandir, a passé au travers de quatre crises d’adolescence corsées. A vu son aînée quitter le foyer pour des études à Montréal, et s’en est inquiétée sans jamais trop le montrer. Mais l’aînée croit bien être à l’origine de ses premiers cheveux blancs.

Elle a connu le pire cauchemar de toute mère : la perte d’un fils, par un geste délibéré. Et a continué à se tenir debout. A dit, une fois pour toutes qu’après ça, la vie ne pourrait plus jamais la jeter sur le cul.

Elle a vu naître 9 petits-enfants et, récemment, une arrière-petite-fille. Vécu avec ses enfants les inquiétudes des nouveaux parents, aidé, bordé, gardé, conseillé lorsque demandé.

A soutenu de toute son énergie ses deux filles, chacune à son tour, quand elles ont divorcé.

A vécu dans ses trippes les déboires de son plus jeune, qui l’a finalement récompensée en prenant les moyens pour se remettre debout et marcher droit.

Elle a traversé avec l’amoureux un premier cancer, il y a huit ans. S’est réjouie de sa rémission. Et depuis 10 mois elle revit, avec la récidive de ce cancer, une nouvelle fois avec lui la ronde des traitements, de l’attente, des inquiétudes, des questions qui ne reçoivent que des demi-réponses, et la frustration contre un système de santé aussi malade que ses patients. Prend espoir dans chaque étape traversée, une à la fois; et pleure, parfois, quand personne ne regarde.

Cette femme a affronté vents et marées, pour ceux qu’elle aime, sans jamais penser à elle, ou si peu. Et elle se tient encore debout. Chacun de ses cheveux blancs porte un nom, une date, un événement. Son visage est toujours aussi beau. Ses mains toujours fortes. Cette femme, qui mérite des milions de fois l’hommage que je lui rends aujourd’hui, c’est ma mère. Je remercie le ciel de me l’avoir donnée, elle et nulle autre, pour veiller sur moi depuis le jour de ma naissance. Si aujourd’hui je suis ce que je suis, c’est parce qu’elle est ce qu’elle est. Une femme forte, généreuse, résiliente, belle, magnifique.

Je t’aime, Maman.

Merci, merci, mille millions de mercis à ceux qui ont pris le temps de laisser un commentaire à mon dernier billet. Ça m’a fait chaud au coeur. Merci à ceux qui se sont arrêtés quelques instants pour venir me lire… Merci d’être encore là.

J’ai encore tant de choses à écrire et je ne sais comment m’y prendre ou par où commencer. Un petit récapitulatif de mes mois de silence pourrait être un bon début, non? Alors voici :

Depuis novembre, il y a eu la chimiothérapie de mon père. Six traitement de 46 heures aux deux semaines, puis arrêt de 3 semaines, scan et consultation avec l’oncologue. Il appert que sa tumeur a diminué de plus de 50 %, et il a été décidé de lui donner deux autres rondes de chimio, suivies d’une autre période d’arrêt de trois semaines, un autre scan et ils décideront ensuite s’ils opèrent. Ce sont plutôt des bonnes nouvelles, considérant qu’il s’agit d’une récidive du cancer en question. Mon père a profité de son premier arrêt de 3 semaines pour aller à Cuba avec ma mère et des amis. Et il réagit relativement bien au traitement puisque, chimio ou pas, il va quand même aux bois à chaque occasion qu’il a. Je l’ai longtemps pris pour un ours, mais je me trompais. C’est un boeuf.

Les Fêtes ont été calmes, un peu à cause du paragraphe qui précède. Par contre, j’ai redécouvert le plaisir des réunions de famille élargie, notamment lors des deux visites de ma cousine qui vit aux États-Unis qui ont motivé un souper au resto et une sortie de cabane à sucre, du 70e anniversaire de naissance d’un oncle et du dîner de Pâques chez ma soeur. Dire qu’il n’y a pas qu’aux Fêtes qu’on peut se réunir en famille et s’apprécier, c’est un cliché que tous connaissent. Mais dans cette époque où tout va toujours trop vite, prendre le temps de le faire, c’est comme une rédécouverte à chaque fois.

Rien ne change du côté de la famille. Époux-stouflant poursuit ses études et réussit très bien. Coconut évolue et continue à me remplir de fierté. Il développe ses propres opinions, s’intéresse (juste un peu, mais quand même) à la politique, est toujours amoureux de JolieMimi et réussit bien à l’école. À ce propos, j’aurai probablement quelque chose de bien à annoncer bientôt.

Mon frère, mon champion, tient le coup au lieu de le prendre. Et récemment, il vit des émotions fortes, des chose pas évidentes et il reste debout. Du coup, c’est moi qui suis sur le cul, mais d’admiration.

Maman, qui a toujours juré de ne jamais toucher à un clavier de sa vie (ça mord, ces affaires-là!), s’est mise à Facebook. Et elle adore pouvoir avoir des nouvelles de tout le monde en quelques clics, et elle a trouvé comment on met les accents sur les a et les e, toute seule! Elle aussi, elle m’épate.

Et moi. Moi… Il n’y a pas grand-chose à dire. J’ai eu besoin d’une pause ici pour refaire mes idées, savoir ce que je voulais faire, savoir si j’avais encore des choses à dire… Ma réponse m’a été donnée par Facebook, justement. Si je suis capable de changer mon statut à tous les jours, c’est forcément que j’ai encore des choses à dire. Mais pour l’élaboration, il semble bien que c’est ici que ça se passera. Est-ce que je changerai de formule? Probablement pas. Parce la blogueuse qui écrit ici n’est pas différente de la femme que je vois le matin dans mon miroir, de la mère, de l’épouse, de l’amie, de la collègue. J’aurai donc toujours des coups de gueule, des émotions, des tranches de vie, des anecdotes, des histoires qui me font rire, sourire, pleurer… et l’envie de vous les partager.

En attendant, je vous serre très fort contre mon coeur.

Je vais bienôt sortir de ma bloguesque hibernation.  Faut croire que l’envie d’écrire est encore là, même si les lecteurs n’y sont probablement plus.

On a repris contact.

Et c’est bien comme ça.

Ben j’écris rien.

Autrement, j’écrirais quoi? Que mon horizon des dernières semaines se limite à mon bureau au sous-sol, à ma chambre, à ma cuisine (pour bouffer), à mon bureau au sous-sol, à ma chambre, à ma cuisine… Le tout interrompu une fois par semaine par une visite à la clinique pour aller chercher /rapporter des cassettes de dictée… Que Coconut et son assortiment de guitares/violon/clavier/ordi pour le mixage font toujours excellent ménage. Qu’Époux-Stoufflant s’est habitué à la vie d’étudiant à temps plein. Que papa a commencé sa chimiothérapie – on attend encore de voir quels effets ça aura sur lui et on espère très fort qu’ils ne seront pas trop ravageurs; jusqu’à maintenant ça se limite à l’obligation de porter des gants pour fouiller dans le frigo parce qu’il est devenu hypersensible au froid.

Ah? J’vous avais pas dit que papa a un cancer? Now you know.

C’est arrivé dans la nuit de samedi à dimanche, aux petites heures. Un accident effroyable, tragique, et d’une tristesse infinie.

C’est arrivé dans ma cour, ou presque : dans ma ville, sur le chemin qui longe cette magnifique rivière que j’aime tant.

C’est arrivé bêtement, comme arrivent tous les accidents.

C’est surtout arrivé alors que ça n’aurait jamais dû arriver.

Douze adolescents. Deux presqu’adultes au sens de la loi, qui s’imaginaient peut-être qu’à 3 heures du mat, tout le monde dort et la route appartient à ceux qui sont encore debout.  Que quand tout le monde dort, les lois dorment aussi. Quand j’ai entendu que le véhicule qui a fait l’embardée transportait sept jeunes, j’ai pensé à une camionnette.  J’ai mis plusieurs minutes à y croire quand j’ai vu qu’il s’agissait d’une Rio de KIA.  Une sous-compacte, bon sang!!!  Y a-t-il quelqu’un quelque part qui pourrait me dire ce que faisait une enfant de 14 ans dans le coffre arrière d’une sous-compacte??? Sur sept, n’y en avait-il pas un seul qui a pensé que c’était illégal? Dangereux? Inacceptable?

Effet grégaire? Peer pressure? Orgueil mal placé face à un défi lancé? Manque de jugeotte? Toutes ces réponses?

Je suis la mère d’un ado et au moment où j’écris ceci, je n’ose même pas m’imaginer dans les bottines de la maman de Marie-Pier Paquette, la jeune fille dont la vie a été fauchée beaucoup, beaucoup trop tôt. Je n’ose pas parce que même sans cela, mon coeur a mal, terriblement, atrocement mal. Je sais qu’elle en a pour le reste de sa vie à s’en remettre, et à cette minute même, j’ai mal pour elle, avec elle.

Quelle bêtitude, mon Dieu…