Jojo,
Voici donc quelques rires, quelques vins quelques blondes
J’ai plaisir à te dire que la nuit sera longue à devenir demain…

Bientôt 16 ans que tu as choisi de partir. Pas une journée où tu ne me manques pas…

Jojo,
Nous parlons en silence d’une jeunesse vieille
Nous savons tous les deux que le monde sommeille
Par manque d’imprudence…

Il y a bien ces nuits, de temps à autre, où tu viens me voir, où je te parle. Où, à chaque fois, tu refuses de répondre à ce «Pourquoi?», à cette question que je ne peux m’empêcher de te poser, LA question que tu nous as ultimement demandé de ne pas poser. Une jeunesse vieille… Qu’est-ce que ça fait, avoir 23 ans pour l’éternité, dis-moi ?

Six pieds sous terre, Jojo, tu espères encore
Six pieds sous terre, tu n’es pas mort

Tant que tu vis dans ma mémoire, et dans celle de tous ceux qui t’ont connu et aimé, et qui se souviennent, tu n’es pas tout à fait mort. Tes fils aussi, se souviennent, j’en suis sûre. Quand je les verrai, je leur demanderai de ne jamais oublier.

Jojo,
Tu me donnes en riant des nouvelles d’en bas
Je te dis mort aux cons bien plus cons que toi mais qui sont mieux portants

En riant, je ne sais pas. Mais c’est vrai que j’ai l’impression que tu me donnes des nouvelles, quand tu visites mes rêves. Et tu sembles plus heureux que tu ne l’étais, à ton départ, je le concède.

Six pieds sous terre, Jojo, tu frères encore
Six pieds sous terre, tu n’es pas mort

Cesseras-tu jamais d’être mon frère ? Non. Ta place est vide, dans ma VIE, mais mon cœur sait, lui, que bien que parti, tu ne cesseras jamais d’exister.

Jojo
Je te quitte au matin pour de vagues besognes
Parmi (…) des amputés du cœur qui ont trop ouvert les mains

Et ces matins-là, qui suivent tes visites, mon réveil est triste, à cause de l’adieu renouvelé… Ces jours-là sont gris, même s’il fait soleil, parce qu’il me semble encore que c’était hier que tu partais.

Jojo,
Je ne rentre plus nulle part, je m’habille de nos rêves
Orphelin(e) jusqu’aux lèvres mais heureux(se) de savoir que je te viens déjà

De nos rêves, des miens. Le seul endroit où je peux encore te dire que je t’aime. Et me réjouir du fait que malgré cette rivalité fraternelle qui a duré trop longtemps, on a fini par se rejoindre, avant l’inévitable trop tard. Je ne cesserai jamais de vouloir savoir. Même si je sais que jamais je ne saurai.

Six pieds sous terre, Jojo, tu n’es pas mort
Six pieds sous terre, Jojo, je t’aime encore.

Et je t’aimerai toujours…

Ta grande sœur à qui tu manques cruellement, souvent.

Pour mon «Jojo», Jocelyn, 1966-1990

C’est son billet qui m’a conduite à écrire le mien, aujourd’hui. Et le sien aussi. On peut appeler ça l’effet d’entraînement, d’une part. Et ma manière d’être solidaire avec elle, d’autre part.

Les paroles complètes de Jojo par Jacques Brel (1977)

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