Tu ne liras probablement jamais ce mot. Mais ça me fait du bien de l’écrire, ne serait-ce que pour débrider une blessure qui ne s’est jamais tout à fait refermée.

Notre histoire, à tous les deux, remontre très loin. Mes 16 ans, tes 17 ans. Tu as été mon 2e « chum steady » mais mon premier grand amour. Jusqu’à cette trahison que tu as toujours niée, malgré les évidences. On a fait chacun notre bout de chemin, et puis un jour tu m’as écrit, pour me demander de te donner la chance de me montrer que tu n’étais pas à l’image que tu m’avais laissée, à la fin. Mais j’étais en couple à ce moment-là. Qu’à cela ne tienne, un pas était franchi et une amitié était renouée. Quand j’ai quitté ce gars-là, c’est toi qui es venu à ma rescousse, avec ta copine de l’époque, pour me ramener dans cette ville où je vis maintenant. À la fin de ta relation avec elle, j’ai été là pour toi. Et on s’est rendus à l’évidence, j’étais désormais pour toi une amie inconditionnelle, comme tu l’étais pour moi. Le soir où on en est venus à cette évidence, tu m’as avoué que le jour où tu m’as vue partir, après cette fin de semaine où tout avait commencé pour nous, tu avais dit à celui qui était à côté de toi : «cette fille est la femme de ma vie». Et tu m’as dit qu’en quelque sorte, c’était vrai, que peu importe où nos vies nous conduiraient, une amie d’aussi longue date, c’est aussi profond qu’une conjointe.

J’ai rencontré mon premier mari, et tu étais à mes noces – tu voulais même me prêter ta voiture pour nous conduire, mais comme c’était une voiture d’été, j’ai refusé, pour ne pas qu’elle ne s’abime.  Mais j’en ai été touchée, sache-le bien.

J’ai été là pour toi quand tu as dégringolé, et à chaque lendemain de cuite, quand tu avais besoin d’une oreille, ma porte t’était ouverte. J’ai été ta première confidente de l’amour qui naissait en toi pour celle qui est aujourd’hui la mère de tes filles, que j’ai vues venir au monde – pas littéralement – et qui m’ont toujours appelée leur tante.

Quand je suis devenue mère à mon tour, toi et elle vous êtes réjouis avec moi et avez été plus près de moi que mon propre frère. Malgré l’antipathie que vous ressentiez pour cet homme que j’avais épousé, vous avez continué de me recevoir, de me faire une place dans votre vie. Et quand les choses ont vraiment dégénéré, tu étais prêt à te mettre dans le trouble pour me défendre – c’est grâce à une promesse que j’ai dû t’arracher de force que rien de fâcheux ne s’est produit, parce que si je t’avais laissé faire, les conséquences auraient eu une portée dans ma vie, la tienne, celle de tes enfants, celle du mien. Et au moment de mon divorce, tu as fait pour moi ce que personne d’autre n’aurait fait. Tu m’as prêté ton nom, afin de me permettre de retomber sur mes pattes sans trop de dommages supplémentaires, puisque le gâchis était déjà assez important.  Cela, je l’ai pris comme un cadeau immense, inouï… Et je t’ai fait la promesse que ce nom, jamais je ne ferais en sorte de le bousiller.

J’ai emménagé dans un nouveau logement, seule avec mon fils, prête pour un nouveau départ. Était-ce un signe? Vous m’avez offert un coq portugais. Et deux ans plus tard, c’est d’un fils des Açores que je suis devenue amoureuse, qui m’a épousée. 

Et toi et elle, vous avez continué à voir pousser mon petit bout d’homme, à faire partie de ma vie. Ta douce était devenue aussi chère à mon cœur que tu l’étais. Naissances, baptêmes, mariages, cérémonies de consécration, ta première maison, mon travail à l’hôpital, nous avons tout partagé cela.  Vous avez fait à Époux-stouflant une place, et tout était bien.

Et puis…

La maladie est venue.  La tienne, que tu n’as pas reconnue. La mienne, qui était la même, mais en beaucoup, beaucoup plus grave. J’ai tenu le coup, financièrement, même pendant l’arrêt de paiement de mon employeur, pendant le grief que j’ai maintenu, dans l’attente de l’arbitrage qui est enfin venu. Je t’avais fait une promesse que je n’ai jamais trahie. J’ai pris des arrangements, j’ai supplié qu’on comprenne ma situation et j’ai eu gain de cause, la directrice savait ce qu’il en était. Et puis ce commis a fait l’erreur de téléphoner chez toi. Deux mois, seulement, avant la conclusion de ce chapitre honteux de ma vie. Cette période où j’avais perdu, outre ma santé, mon indépendance, mon autonomie, ma capacité même de prendre soin de moi, de poser les gestes si insignifiants qu’on prend pour acquis, quand on va bien, comme de se brosser les dents, de se doucher, de s’habiller…

Tu en as souffert aussi, souviens-toi. Toi aussi, à un certain moment, tu as été obligé de t’arrêter. Et sache que j’ai été reconnaissante au ciel de voir que ta dépression à toi, elle n’était pas aussi grave que la mienne, parce que tu avais tes deux filles, plus l’aîné de ta douce, et des responsabilités plus lourdes que les miennes.  En quelque sorte, j’étais reconnaissante du fait que pour une fois, la vie avait été juste malgré tout.

Le soir où tu as eu ce coup de fil de l’agent de la compagnie de prêt, tu n’as fait ni une ni deux, tu es arrivé chez moi par la porte arrière et tu m’as fait cette magistrale crise.  Tu m’as agressée verbalement, tu m’as dit des choses que jamais je n’aurais cru entendre. Tu as crié, gueulé au point que mon fils en a été longtemps traumatisé, il avait 6 ans à l’époque et il me demande encore aujourd’hui comment ça se fait que tu es devenu méchant (et je dois te dire que je ne trouve rien d’autre à lui répondre que « je ne sais pas »). Tu m’as traitée de noms plus humiliants et dégradants les uns que les autres et tu m’as donné l’ordre d’aller travailler parce que « ça avait assez duré ». Pas une seconde tu m’as laissée placer un mot, un seul. Tu as crié, agressé, décompensé et puis tu es parti, en me laissant K.O. et sous le choc.

L’arbitrage a eu lieu deux mois plus tard, comme prévu.  Et je suis sortie de là avec un emploi en moins et un chèque dans ma poche.  Et je suis allée couvrir ce prêt qui associait ton nom au mien, c’est la première chose que j’ai faite. J’ai tenu ma promesse quoi que tu en penses et je l’ai tenue jusqu’à la fin.  Parce que la fin de cette histoire et aussi devenue la fin de notre histoire, de notre amitié.  Et je trouve tout ceci infiniment regrettable, pour une histoire de sauter trop vite aux conclusions, de ne pas avoir voulu écouter ce que MOI j’avais à dire parce que tu avais ENVIE de crier et de te défouler, et d’avoir montré ce dont tu es vraiment fait, c’est à dire, d’intolérance envers quiconque n’est pas comme toi ou comme les attentes que tu te fais des autres.   Et c’est vraiment dommage.  Remarque, il y a beaucoup de souvenirs que j’ai gardés intacts parce qu’ils sont beaux.

19 années d’une amitié, parties en fumée pour un moment d’incompréhension, de manque de compassion. Et malgré tout…

Aujourd’hui, c’est ton anniversaire, et j’y ai pensé.

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