C’était aujourd’hui.

J’ai parlé de lui à Pâques, et on ne s’est plus reparlés depuis.  J’ignore même s’il sait jusqu’où je suis allée, quelle décision j’ai dû prendre pour ne plus avoir mal par sa faute. Je crois que non. Mais ce choix que j’ai fait a eu, semble-t-il, des répercussions dans la vie de la dernière personne à qui j’aurais voulu faire de la peine : ma mère. Depuis qu’elle m’a vue pleurer pour la dernière fois pour lui, elle essaie d’intercéder en sa faveur auprès de moi, de manière parfois subtile, parfois moins. Je comprends parfaitement lorsqu’elle me dit « Moi, je ne peux pas faire ce que tu fais. » Et je lui réponds : « Normal, ton lien avec lui n’est pas le même; toi tu l’aimes inconditionnellement et c’est bien comme ça.  Je ne te demande pas de faire comme moi.  Juste de comprendre pourquoi moi j’ai choisi de le bannir de ma vie. »

Cette conversation, d’ailleurs, s’est répétée maintes et maintes fois depuis cette journée. Je sais que son coeur de mère voudrait que la paix revienne entre chacun des enfants qui lui restent, et malgré tout le désir que j’ai de la rendre heureuse, cette fois… je ne peux simplement pas m’y résoudre.  Impossible pour moi de faire comme si rien ne s’était passé. Encore une fois, il en résulterait une situation où IL aurait fait une grosse gaffe et aucune conséquence pour lui faire comprendre que c’était mal. C’est d’ailleurs la dynamique de toute sa vie.  Au final, ça donne un adolescent attardé de 35 ans qui s’imagine que la terre entière gravite autour de ses envies et désirs personnels, et que peu importe ce qu’il fera, il n’y a rien de grave, puisque d’autres se chargeront pour lui des conséquences.

Céder au souhait de ma mère signifierait pour moi accepter de souffrir une fois de plus. Il aurait encore une fois gain de cause. Céder, ce serait concéder. Lui concéder quelque chose de précieux : concéder le respect de moi-même à son égoîsme.

Et ce n’est pas si évident de rayer de sa vie quelqu’un qui en a fait partie depuis plus de 30 années… Surtout lorsque cette personne, toute sa vie, n’a eu pour ultime motivation que de me faire du mal.  Je le vois aujourd’hui, quand je regarde le tableau avec plus de distance.

Il ne devait pas venir à Noël, au départ. Mais aujourd’hui, maman m’a dit qu’en fin de compte, il y sera. Avec ses deux filles (tant mieux, je pourrai donner à ma filleule son cadeau de Noël ET son cadeau d’anniversaire). Sans sa conjointe (encore une fois, tant mieux, elle est la cause du poing point final). Et là où ça a fait mal : « Je ne veux pas de chicanes, entends-tu? » Comme si.  Je me tairai, je changerai de pièce, je partirai, même, plutôt que de ruiner le Noël de tous les autres. Ce qui me console, c’est de savoir qu’elle le lui a dit à lui aussi. Il n’en reste pas moins que je me sens comme si c’était moi, celle qui a pris la mauvaise décision, fait le mauvais choix. Et la petite fille en moi, qui ressentait si fort l’injustice autrefois, se réveille et veut pleurer. 

Ce qui signifie qu’une chose : il peut encore m’atteindre. Il a encore le pouvoir de me faire mal, par personne interposée.

Joyeux, Noël?  Je vous le souhaite, de tout mon coeur.  Parce que pour moi, il sera tout, sauf ça. Il me reste huit jours pour m’y préparer.

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