Traitez-moi de cynique ou de blasée, je vous répondrai que vous avez probablement raison. Sur ce sujet-là, du moins. Mais avant d’entrer dans le vif de celui-ci, une petite parenthèse.

Nicola Ciccone a beaucoup de talent, je le reconnais tout de suite, comme ça je ne vais pas m’aliéner tous ceux qui l’aiment parmi ceux qui me lisent. Mais c’est comme toute chose, il y a du bon et du moins bon dans tout et toute personne. Certaines chansons qu’il a écrites m’ont sciée en deux, d’autres je trouves mignonnes sans plus et d’autres tombent carrément dans la guimauve. Et il y a celle-là qui, à mon avis, est de la bouette. D’la grosse bouette, comme celle qu’on a quand la neige fond au début du printemps et qui nous arrache nos bottes quand on s’y enfonce. Cela dit, c’est tout à fait logique, le printemps de la bouette est aussi la saison où tout le monde se passe le mot pour célébrer l’amour… et l’amitié. Voilà où le bat (me) blesse. Parce que si je crois aux miracles, à la mobilisation universelle, d’autres choses ne trouvent plus aucun écho en moi, pour avoir trop failli. Voici donc ma triste confession : à mon avis, l’amitié, c’est comme l’amour dans les films et les livres; on lui fait le même sort. On le surfait, on le métamorphose pour qu’il soit tout beau tout propre et surtout, on essaie de nous faire croire que c’est profond, que c’est sincère, que ça dure toujours, qu’un ami c’est quelqu’un qui, au contraire d’un amour passager, sera toujours là pour toi. Et moi je réponds : F.O.U.T.A.I.S.E.

La seule personne qui réponde à cette, euh, « définition », dans ma vie, c’est Fabrice. Un jour je ferai sur lui le billet qu’il mérite, mais pas aujourd’hui. Fabrice et moi, on se connaît depuis nos 14 ans et on est toujours en contact. Sauf qu’il habite la Belgique et moi le Québec. Les moments passés ensemble se font rares, on a passé davantage de temps avec la calligraphie de l’autre qu’avec la personne, au cours de toutes ces années. Ce qui ne signifie pas que je ne le chéris pas à la mesure de ce qu’il représente pour moi, bien au contraire. Je l’aime presque autant que j’aime mon mari, de manière toute platonique, bien entendu. Je suppose qu’il est l’exception à une règle que je constate uniforme dans ma vie.

J’en ai fait quelques mentions dans certains billets. Mais voir les quatre pitounes de Sex in the City discuter de tout et de rien à leur rendez-vous hebdomadaire au café, se soutenir et s’écouter; s’appeler à toute heure du jour ou de la nuit pour partager leurs états d’âmes pour un mec, une situation ou une paire de souliers, je ne crois tout simplement pas que ca se puisse. Quand je lisais la défunte chronique de Marie Plourde dans le JdM, encore une fois, je me disais que c’était forcément romancé, il ne peut exister un groupe de filles tricoté aussi serré. Pour moi, c’est une utopie.

Attention, je ne prétends pas ici que je n’ai jamais eu d’ami(e)s. Bon nombre sont passé(e)s dans ma vie. Mais aucun(e) n’y est resté(e). J’ai lu déjà, dans l’Ancien Testament, le verset suivant, tiré du livre des Proverbes (Pr. 18:24) :

Celui qui a beaucoup d’amis les a pour son malheur, Mais il est tel ami plus attaché qu’un frère.

Et c’est exactement ce que je ressens. Je donnerais ma chemise à celui ou celle qui a moins que moi, et je trouverais naturel de le faire. Si j’ai appris avec le temps que penser d’abord à soi-même est l’une des choses les plus importantes, je trouve toujours le moyen d’avoir du temps pour celui ou celle qui a besoin de moi. Et tout est bien comme ça, je ne m’en plains pas. La bonheur que j’éprouve à voir le plaisir et la joie chez l’autre le vaut amplement. Toutefois, quand je regarde derrière moi – et il faut dire ici que le chemin parcouru commence à être long, j’ai de la matière à études comparées – je note que, hormis Fabrice-qui-habite-loin, je n’ai aucun(e) ami(e) proche et de longue date. Tous ceux et celles qui ont pu un jour prétendre, à un moment ou un autre de mon existence, à l’appellation d’ami(e), de grand(e) ami(e), d’ami(e) que j’aime très, très fort, ont fini par prendre un tout autre chemin, et nous nous sommes perdus de vue. Et il y a celles à qui j’ai osé demander d’y mettre un peu du leur, parce que j’avais l’impression d’être toujours celle qui relance, et qui m’ont répondu en me reprochant de faire ce qu’elles faisaient elles-mêmes. Celles devant qui j’ai eu suffisamment confiance pour être moi-même et qui sont parties pour cette raison-là, après que je leur aie tenu la main dans leurs mauvaises passes. Celles qui se sont détournées quand elles ont réalisé que ce dans ce que j’avais à offrir, il n’y avait plus rien d’intéressant, ayant pris le meilleur dès le départ… Et il ya toutes ces personnes qui faisaient partie de ma vie, que j’appelais « ami(e)s », quand je suis devenue malade. De ceux-ci, aujourd’hui, il reste… Fabrice.

J’en ai parlé à quelqu’une qui m’offrait la sienne, d’amitié, sur un beau plateau brillant, une fois, qui est venue me l’offrir d’elle-même, parce qu’elle le voulait. Je lui racontais qu’à force de m’attacher à des personnes pour les voir disparaître avec un morceau de mon cœur quelque temps plus tard, j’ai fini par développer une méfiance, par me bâtir une carapace. Je prends quand on m’offre, et si moi j’offre beaucoup, je n’insiste pas quand on ne prend pas. Et je ne cours plus quand on a pris et qu’on est parti. J’appelle ça du sabotage inconscient (et surtout involontaire). Ce que le rejet et l’abandon, voulus ou non, peuvent faire comme ravages dans le cœur d’une petite fille, ça a des conséquences qu’on n’imagine pas. La blessure d’alors, elle redevient aussi vive quand la femme qu’elle est devenue revit l’abandon, le rejet. Et elle se dit alors : « Tiens, je vais m’asseoir ici, sur un beau banc de parc, et si quelqu’un vient m’y rejoindre, je lui souhaiterai la bienvenue. Et je l’accueillerai tant qu’elle voudra bien rester. Et si elle part, je ne la retiendrai pas car, qui suis-je pour prétendre avoir quoi que ce soit qui vaille qu’on demeure près de moi longtemps? » Avec le temps, elle a fini par se dire et croire que c’est ainsi que les choses sont et que plus vite elle acceptera, moins longtemps elle aurait de peine.

Monsieur Ciccone termine sa chanson-guimauve avec cet impératif : « Gardez vos amis. » Si quelqu’un a LA recette pour y parvenir, j’aimerais bien la connaître.

Pourquoi ce billet, aujourd’hui? Parce qu’il s’en trouve deux ou trois à qui j’ai vraiment, vraiment envie de faire une place dans mon cercle vide. Mais… cette question me hante toujours : combien de temps resteront-ils?

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