mai 2008


Hier matin, 5h40 et 5h41.  Je suis dans mon bain, à faire des clapotis dans l’eau avec mes orteils, tout en tentant de mettre mon cerveau en mode fonction. Le téléphone sonne, une première fois, puis une deuxième. « Tiens, Époux-stoufflant qui appelle pour dire qu’il va faire du temps supplémentaire », pensai-je.  Je finis mes ablutions matinales, et vais prendre les messages, juste au cas où un improbable « je t’aime » se soit glissé dans le message, Époux-stoufflant étant plus fort sur les actions que sur les mots.

Ce n’était pas Époux-stoufflant.  C’était mon frère prodigue. Des larmes dans la voix, un message un peu brouillon, et un « je t’aime, rappelle-moi ce soir ». Il mentionne dans son message qu’il part travailler vers 6h15; il me reste 20 minutes pour le rappeler, ce que je fais immédiatement.  Au moment où il répond, c’est lui qui est dans le bain, je l’entends à l’écho et aussi aux bruits de fond. Je lui demande ce qui lui arrive, parce que son message m’a inquiétée – il me répond ce que je craignais : il a glissé, et il est tombé. 

La veille, un collègue de travail l’a invité à aller prendre une bière, et il a accepté. Bon, il n’est pas parti sur une balloune, il en a pris… 4 ou 5. Juste assez pour rentrer chez lui et avoir une impression d’échec. D’être déçu de lui. De reconnaître qu’il s’est oublié, suffisamment longtemps pour tomber. J’ai tenté de l’encourager, mais il n’a rien voulu entendre, ou plutôt, il a entendu, écouté et m’a répondu :

« Ça serait trop facile, de blâmer le gars qui m’a offert d’aller prendre une bière. Trop facile aussi de trouver des excuses extérieures; Nickie, je me suis oublié, là-dedans, pis c’est ma faute. Mais si j’avais gardé ça pour moi, ça aussi ça aurait été facile; je vis seul ici et personne ne l’aurait su.  Fallait que je le dise à quelqu’un, pis c’est toi. Juste ça. Une fois que je l’ai dit à quelqu’un, ça va mieux, je vais pouvoir me remettre sur la track. Là je vais aller travailler, faire mes 10 heures de grosse job de bras, me fatiguer d’applomb, pis je veux retourner passer quelque jours au centre*. J’m’en veux… »

* Le centre, c’est le centre de désintox où il est allé passé 10 mois, l’an dernier.

Je lui ai offert de prendre la petite, ce week-end, pour lui donner une chance d’y aller. Il a dit qu’il envisagerait l’option.  Je lui ai promis de penser à lui toute la journée, et je l’ai fait.  Après le travail, on avait un 5 à 7 où je me suis commandé un Virgin Ceasar; je sais que ça je change absolument rien pour lui, mais c’était une manière de me montrer solidaire de mon petit frère.  Je l’ai rappelé hier soir; il allait relativement bien dans les circonstances, avait sa journée dans le corps et dans la tête, et il était fatigué.  Rien de tel que le travail physique pour chasser les mauvaises idées, qu’il dit. 

Pourquoi le titre de ce billet? Parce qu’avant la thérapie intensive, JAMAIS je n’aurais été son premier choix, pour un appel du genre. Sa détresse, il m’en a vraiment fait cadeau. Et je ne l’en aime que davantage.

Ajout : quand on y pense, entre la démarche que j’ai entreprise ici et la sienne, la différence est minime…

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Bon nombre de blogueurs se sont demandé « C’est quoi, le bonheur? » avant moi. Je ne prétends pas que ma réponse soit LA réponse universelle, la seule qui soit bonne.  Simplement, je réalise que c’est MA réponse. Celle qui me vient le plus spontanément quand je vois/j’entends quelqu’un poser cette question.

Enfant, l’idée que je me faisais du bonheur ressemblait à la conclusion de tous les contes de fées desquels je régalais mon imaginaire. Le bonheur ressemblait à un mariage avec le prince charmant, des robes de princesse, des enfants, et ils furent heureux pour toujours.  Ce bonheur en italiques était à la fois abstrait et concret, il avait le visage du Prince Charmant. La méchanceté des enfants à l’école, le côté sombre de la nature humaine et plus tard l’arrivée de l’adolescence m’ont fait ensuite m’imaginer que le bonheur c’était d’avoir un amoureux qui me trouve plus jolie que toutes les autres, des amies avec qui avoir du fun et réussir mon secondaire. Jusqu’à ce que les changements hormonaux, accompagnés chez moi de périodes ou je n’avais que l’envie de pleurer me fassent réaliser que ce n’est pas le chum, les amies et les bonnes notes qui rendent heureux, puisque je ne l’étais pas toujours.  Et le bonheur s’est placé dans mon avenir, pour le jour où je partirais de la maison et volerais de mes propres ailes.

Ce jour est venu. Et ma première année hors du nid familial m’a fait réaliser que la méchanceté se trouve partout. Cette année-là, j’ai été bien des choses, mais heureuse, non.  Puis les amoureux de passage, sans jamais trouver le grand amour, on tôt fait de me convaincre que le Prince Charmant n’existait vraiment pas.

Quelques années plus tard, je me suis mariée, et j’ai cru que je touchais enfin au bonheur. Mais… cet homme n’étant pas plus fait pour moi que moi pour lui, le bonheur s’est transformé en chimère.  Et mon désir d’être mère s’est manifesté, et j’ai mis quatre années avant que ce désir ne se concrétise.  Quand ce jour est venu, j’ai gouté au bonheur, sans savoir que ce que je goûtais n’était que l’appéritif d’un festin qui viendrait, petit à petit, avec le temps.

J’ai vécu un deuil important, un divorce, des années monoparentales, ma rencontre avec celui qui m’a, sans le savoir, redonné la conviction qu’il existe effectivement, le Prince Charmant, et qui m’a offert le mariage de princesse dont toute petite fille rêve. Ce morceau de bonheur-là s’est ajouté à celui que j’éprouvais à chaque fois que je posais les yeux sur mon fils. Et puis la dépression est venue, et le bohneur s’est caché, mais… sans jamais vraiment s’en aller – même si moi je ne le savais pas. Et la guérison a fini par suivre, et le bonheur est resté là où il était : pas loin, mais pas tellement visible.

Et puis les années ont coulé. Nous avons acquis une maison, pas imposante ni majestueuse, mais bien à nous. Coconut, devenu adolescent, a commencé à vivre ses propres expériences de vie, développé des intérêts bien à lui. Époux-stoufflant partage avec moi une complicité tranquille, où aucune dispute ne vient troubler notre vie. D’accord, nous n’avons pas des agendas remplis à craquer d’activités plus jet-set les unes que les autres, nous ne roulons pas sur l’or et nous ne donnons pas de réceptions extravagantes semaine après semaine.  Mais nous ne manquons de rien d’essentiel, personne n’est gravement malade et j’essaie de faire en sorte que ma santé demeure bonne.

Hier soir, j’ai réalisé que c’était ça, le bonheur, MON bonheur. J’étais dans notre salon, Époux-stoufflant venait de me quitter pour aller travailler, après m’avoir donné son habituel bisou suivi de mon habituel « Sois prudent demain au retour, s’il te plaît »; Coconut pratiquait sa guitare et je trouvais qu’il progresse bien, qu’il a beaucoup de talent, que c’était beau de l’entendre. Je pensais à cette femme rencontrée plus tôt au magasin, à qui j’ai présenté Coconut qu’elle n’avait pas vu depuis des années et à son commentaire quand elle a vu mon visage en lui présentant mon fils : « Tu en as toujours été fière; je vois que cela ne change pas ».  C’est vrai, et il n’y a aucune raison pour que ça change.  Et en regardant derrière moi, hier soir, j’ai vu que tous ces espoirs de bonheur, tous ces moments, heureux comme malheureux – les derniers servant à apprécier davantage les premiers – toutes ces expériences vécues, ont contribué à bâtir mon bonheur. Et je me trouve dessus sans y penser vraiment, sauf quand une petite bulle vient à moi comme celle d’hier soir et éclate juste sous mon nez avec un bruit qui ressemble à ceci : ton bonheur, il est juste devant tes yeux. Il te suffit de le voir. Si tu crois qu’il est loin devant comme un but à atteintre, tu ne vas courrir sans jamais le toucher. Arrête-toi simplement, et baisse les yeux : il suffit juste de regarder pour le voir.

Et si je me donne la peine de l’écrire ici, aujourd’hui, c’est bien pour pouvoir m’en souvenir, les jours où je croirai qu’il est loin, le bonheur.

Trois jours de congé, éloignée du clavier…  Magasiner avec Choco, jeudi soir et samedi, avoir le dessus sur un vendeur chiant et borné grâce à elle, me retrouver avec des vêtements que je n’aurais jamais envisagé acheter sans elle et lui faire acheter des couleurs dans lesquelles elle sera magnifique mais qu’elle n’aurait même jamais regardées; trouver des petits trésors au rallye des ventes de garage; aller au cinéma avec Époux-stoufflant, faire mes courses et passer quelques heures avec Mélan, retourner au cinéma pour l’événement pay-per-view de la WWE avec Coconut; faire la grasse matinée lundi, me la couler douce, un peu de ménage, beaucoup de dodo… ça fait un bien fou!

…sinon je me poserais des questions sur la raison pour laquelle il est passé dans ma vie, celui-là.

Eh oui… J’ai un ex. Et il est, 99% du temps, EX-cécrable.

Oui, je parle du prix de l’essence, et je sais que je ne suis pas la seule.  Si j’avais voulu me distinguer de la masse ce matin, c’est loupé, je sais ça aussi.  Mais j’ai dû m’arrêter pour mettre de l’essence dans le réservoir de ma voiture ce matin, le petit voyant de mon tableau de bord m’ayant gentiment indiqué que si je prenais le pont avant de visiter une station-service, je risquais d’aggraver les rapports de circulation radiophoniques.  Par curiosité, j’ai décidé de faire le plein plutôt que d’en mettre juste assez pour me rendre au travail et revenir. Je voulais savoir à combien me revenait un plein réservoir, voyez?

Cinquante-cinq dollars. Ciboire. C’est 10$ de plus que la dernière fois que j’ai fait le plein (d’habitude je mets 25$). Et la dernière fois en question date d’il y a deux semaines seulement. À la caisse du Ultramar, j’ai fait part de mon découragement à la préposée qui en avait entendu d’autres avant moi et qui n’a démontré aucune impatience. Et elle m’a fait cette intéressante réponse : « Vous savez qui part le bal, n’est-ce pas? Boycottez-les. Shell et Pétro-Canada sont toujours les premiers à hausser les prix, et nous, on finit par devoir les suivre; on n’a pas le choix. Remarquez le mardi matin : le prix à la pompe sera toujours plus élevé chez eux dès l’ouverture et nous, on le change plus tard en soirée. Il y a d’abord Shell, ensuite Pétro-Canada. Nous n’avons pas le choix de suivre, et après nous, ben, ce sont les indépendants. »

On a probablement tous reçu, à un moment ou un autre, la chaîne de mails qui nous exhorte à boycotter les stations-services pour une journée; à mon avis, cette mesure ne sert à rien, parce que les pétrolières savent très bien qu’une journée ne change rien. Tant qu’il y aura des automobiles, il y aura un besoin. Mais… si on ne s’approvisionnait que chez les petits indépendants? C’est une idée, comme ça…

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Dans un autre ordre d’idées, avant-hier matin, à l’intersection de Milan et Grande-Allée à St-Hubert, des policiers profitaient des feux rouges pour distribuer aux conducteurs un feuillet de promotion de la courtoisie au volant. Avec un questionnaire d’autoévalation au verso, intitulé « Quel type de conducteur êtes-vous? ». J’ai eu envie de faire ma petite part dans la campagne de sensibilisation et le partager avec vous. J’en profite pour vous poser une question : dans la mesure où ce questionnaire n’est partagé avec personne, quel degré de franchise utiliseriez-vous pour y répondre? Et cette initiative de la SAAQ, selon vous, est-elle efficace? 

Et ceux qui sont à la diète les racontent ailleurs.

J’aurai bientot un billet ici, promis!!

Quand je me prends aux cheveux avec des imbéciles, que je vis quelque chose de plate et que j’en parle, ou que j’ai des coups de gueule – mes statistiques explosent et je bats des records d’assistance.  Si je réagis à une affirmation qui me fâche, on vient me dire, sur un ton que je ne peux pas interpréter à 100%, de ne pas prendre l’autre pour une victime (?).

Coudonc, faut-il donc être en colère, bitch, déprimée, cynique, chialeuse, critiqueuse ou blasée pour être intéressante, sur la blogosphère? 

Si c’est vraiment le cas, alors aussi bien rester avec un petit espace sans envergure, 5 à 6 commentateurs réguliers et quelques autres occasionnels, avoir mes coups de gueule quand ils se présentent mais ne pas en faire un mode de blogue et demeurer heureuse. Comme tout le monde, j’aimerais ça, être populaire. J’aimerais ça, des fois, être reconnue moi aussi. Et je l’avoue. Mais pas au prix d’être quoi que ce soit d’autre que ce que je suis (ceux qui me connaissent en feront foi), ni aux prix d’ulcères d’estomac. S’il en trouve quelque part que ça tente, je vous les laisse.

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