Bon nombre de blogueurs se sont demandé « C’est quoi, le bonheur? » avant moi. Je ne prétends pas que ma réponse soit LA réponse universelle, la seule qui soit bonne.  Simplement, je réalise que c’est MA réponse. Celle qui me vient le plus spontanément quand je vois/j’entends quelqu’un poser cette question.

Enfant, l’idée que je me faisais du bonheur ressemblait à la conclusion de tous les contes de fées desquels je régalais mon imaginaire. Le bonheur ressemblait à un mariage avec le prince charmant, des robes de princesse, des enfants, et ils furent heureux pour toujours.  Ce bonheur en italiques était à la fois abstrait et concret, il avait le visage du Prince Charmant. La méchanceté des enfants à l’école, le côté sombre de la nature humaine et plus tard l’arrivée de l’adolescence m’ont fait ensuite m’imaginer que le bonheur c’était d’avoir un amoureux qui me trouve plus jolie que toutes les autres, des amies avec qui avoir du fun et réussir mon secondaire. Jusqu’à ce que les changements hormonaux, accompagnés chez moi de périodes ou je n’avais que l’envie de pleurer me fassent réaliser que ce n’est pas le chum, les amies et les bonnes notes qui rendent heureux, puisque je ne l’étais pas toujours.  Et le bonheur s’est placé dans mon avenir, pour le jour où je partirais de la maison et volerais de mes propres ailes.

Ce jour est venu. Et ma première année hors du nid familial m’a fait réaliser que la méchanceté se trouve partout. Cette année-là, j’ai été bien des choses, mais heureuse, non.  Puis les amoureux de passage, sans jamais trouver le grand amour, on tôt fait de me convaincre que le Prince Charmant n’existait vraiment pas.

Quelques années plus tard, je me suis mariée, et j’ai cru que je touchais enfin au bonheur. Mais… cet homme n’étant pas plus fait pour moi que moi pour lui, le bonheur s’est transformé en chimère.  Et mon désir d’être mère s’est manifesté, et j’ai mis quatre années avant que ce désir ne se concrétise.  Quand ce jour est venu, j’ai gouté au bonheur, sans savoir que ce que je goûtais n’était que l’appéritif d’un festin qui viendrait, petit à petit, avec le temps.

J’ai vécu un deuil important, un divorce, des années monoparentales, ma rencontre avec celui qui m’a, sans le savoir, redonné la conviction qu’il existe effectivement, le Prince Charmant, et qui m’a offert le mariage de princesse dont toute petite fille rêve. Ce morceau de bonheur-là s’est ajouté à celui que j’éprouvais à chaque fois que je posais les yeux sur mon fils. Et puis la dépression est venue, et le bohneur s’est caché, mais… sans jamais vraiment s’en aller – même si moi je ne le savais pas. Et la guérison a fini par suivre, et le bonheur est resté là où il était : pas loin, mais pas tellement visible.

Et puis les années ont coulé. Nous avons acquis une maison, pas imposante ni majestueuse, mais bien à nous. Coconut, devenu adolescent, a commencé à vivre ses propres expériences de vie, développé des intérêts bien à lui. Époux-stoufflant partage avec moi une complicité tranquille, où aucune dispute ne vient troubler notre vie. D’accord, nous n’avons pas des agendas remplis à craquer d’activités plus jet-set les unes que les autres, nous ne roulons pas sur l’or et nous ne donnons pas de réceptions extravagantes semaine après semaine.  Mais nous ne manquons de rien d’essentiel, personne n’est gravement malade et j’essaie de faire en sorte que ma santé demeure bonne.

Hier soir, j’ai réalisé que c’était ça, le bonheur, MON bonheur. J’étais dans notre salon, Époux-stoufflant venait de me quitter pour aller travailler, après m’avoir donné son habituel bisou suivi de mon habituel « Sois prudent demain au retour, s’il te plaît »; Coconut pratiquait sa guitare et je trouvais qu’il progresse bien, qu’il a beaucoup de talent, que c’était beau de l’entendre. Je pensais à cette femme rencontrée plus tôt au magasin, à qui j’ai présenté Coconut qu’elle n’avait pas vu depuis des années et à son commentaire quand elle a vu mon visage en lui présentant mon fils : « Tu en as toujours été fière; je vois que cela ne change pas ».  C’est vrai, et il n’y a aucune raison pour que ça change.  Et en regardant derrière moi, hier soir, j’ai vu que tous ces espoirs de bonheur, tous ces moments, heureux comme malheureux – les derniers servant à apprécier davantage les premiers – toutes ces expériences vécues, ont contribué à bâtir mon bonheur. Et je me trouve dessus sans y penser vraiment, sauf quand une petite bulle vient à moi comme celle d’hier soir et éclate juste sous mon nez avec un bruit qui ressemble à ceci : ton bonheur, il est juste devant tes yeux. Il te suffit de le voir. Si tu crois qu’il est loin devant comme un but à atteintre, tu ne vas courrir sans jamais le toucher. Arrête-toi simplement, et baisse les yeux : il suffit juste de regarder pour le voir.

Et si je me donne la peine de l’écrire ici, aujourd’hui, c’est bien pour pouvoir m’en souvenir, les jours où je croirai qu’il est loin, le bonheur.

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