Billet sérieux, tout à coup. Ceux qui me connaissent en conviendront, cela ne me ressemble pas. J’ai habitué mon monde à moins de sérieux, avec cette boutade qui vient automatiquement en réponse à « Tu es tellement drôle, toi. » : « Que veux-tu, j’ai gaspillé mon capital sérieux quand j’étais malade – ce qui me reste, je le garde pour les occasions vraiment graves. » Evidemment, faire rire les autres, c’est valorisant. Tout le monde aime rire, et celui qui est à la source du rire des autres, il a le sentiment de leur avoir apporté un peu de joie.

Mais aujourd’hui, Dame Clown est triste. Et elle ne sait pas pourquoi. C’est comme ça, simplement. Elle s’est levée ce matin, s’est vue dans le miroir et n’a pas reconnu son reflet. Il y avait là quelque chose de brisé, sans qu’elle puisse dire quoi avec précision. Le cœur au bord des lèvres. Un feu glacé au ventre. Des larmes qui menacent à tout instant de déborder. Il ne faut surtout pas, elle ne saurait pas endiguer.

Elle aimerait bien en parler, mais… En parler à qui? Et parler de quoi, d’abord? La conversation ressemblerait trop à ceci :

– Mais qu’est-ce que tu as, aujourd’hui ?
– J’en sais rien. Fichtrement rien. J’feel pas trop, mais je ne sais pas pourquoi.
– Il s’est passé quelque chose, chez toi ?
– Non… tout le monde va, à part qu’Époux-Stouflant a officiellement fini de travailler depuis ce matin, mais quand on en parle, il dit que ça va, il ne semble pas le prendre trop mal… Coconut, lui, est enfin soulagé, il a enfin eu SA guit’ et il a ENFIN réintégré sa chambre d’ado, décorée aux couleurs qu’il a lui-même choisies…
– Et au travail?
– Ça va. Il me reste 6 mois à ce mandat, et je maîtrise assez bien mes tâches et dossiers.
– Famille?
– Rien à signaler.
– Ben, alors?

Justement, ben, alors? Je l’ai dit d’emblée, Dame Clown n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Et c’est son drame. Elle s’est beaucoup donnée aux autres, ces derniers temps, avec des trésors d’écoute, de disponibilité, de conseils ou même de simple compréhension quand il n’y avait rien à rajouter. Mais ceux-là ont encore besoin d’elle. L’heure n’est pas venue pour elle de rappeler l’ascenseur, du moins pas celui qu’elle a envoyé. Alors il lui reste… moins d’elle et rien de plus.

Elle sent qu’elle doit se détacher de quelque chose, mais elle ignore quoi. Ce qu’elle sait, toutefois, c’est que cette chose dont elle doit se détacher lui fera mal si elle ne le fait pas, et lui fera tout aussi mal si elle le fait. It’s a f***ing no-win, catch-22 situation. Alors aujourd’hui, elle se mettra en petite boule dans une coquille qui ne lui a plus servi depuis très longtemps et fermera derrière elle. Le temps de trouver, le temps de SE trouver. Dieu sait le bon, ou le mal, qu’elle y trouvera. Devant la coquille, son masque de femme sereine.

Et cette fichue grippe qui dure et perdure…

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