Je me suis séparée du père de Coconut le début de 1997, juste après la période des Fêtes. J’ai donc vécu une année complète seule avec mon petit bonhomme avant de devoir affronter mon premier Noël « célibataire-à-nouveau » dans ma famille; celui-ci en fut un à la fois triste et rempli d’espoir, pour moi. Triste parce que personne n’aime être seul à Noël, mais en même temps, après avoir passé l’année à me bâtir un nouveau nid avec mon oisillon, entamé une thérapie post-punching bag, défait mes patterns amoureux, et reçu chez moi, pour un café occasionnel, l’ami de quelques années qui deviendrait un jour mon prince charmant, j’avais l’espoir que ma vie amoureuse n’était pas finie. J’avais aussi noué quelques nouvelles amitiés, notamment avec Johanne, une femme divorcée qui avait aussi vécu (et vivait encore) des choses difficiles avec son ex. En parler l’une avec l’autre nous permettait de ventiler et aussi de s’encourager l’une l’autre, dans nos affres mais aussi dans nos espoirs de refaire nos vies respectives. Elle m’écoutait aussi parler de comment je vivais mon nouveau célibat avec un enfant d’âge préscolaire et elle me partageait ses moments pas toujours heureux avec un fils nouvellement adulte et une adolescente qui avait préféré son père à sa mère et avec qui elle tentait tant bien que mal de refaire connaissance, de rebâtir une relation mère-fille pas trop difficile…

Petite parenthèse, ici : quiconque me connaît personnellement vous le dira : je suis une irrécupérable coquette. Les cosmétiques, la science des parfums qui conviennent à celle qui les porte, l’agencement des styles, des couleurs et des matières, sont pour moi des incontournables. J’aurais pu faire carrière dans le monde de la mode, mais je n’aime pas le bitchage comme mode de vie et puis, je ne sais pas dessiner. Bref. Cette année-là, j’avais découvert un parfum qui non seulement me convenait, mais pour lequel j’avais littéralement eu un coup de cœur instantané. Il était un peu cher pour mes moyens de mère monoparentale, mais je profitais de chaque fois où il était en spécial pour m’en procurer une bouteille que j’étirais au maximum.

Tout ça pour dire que cette année-là, la vie a continué comme elle le devait. Et l’hiver a de nouveau annoncé son arrivée, avec les fêtes de fin d’année auxquelles personne n’échappe. Coconut et moi avions été invités à passer le réveillon chez des amis, qui avaient choisi d’organiser une fête entre amis plutôt qu’en famille, notamment parce que leurs familles vivaient en Europe. Johanne était invitée aussi. Je lui ai offert d’y aller ensemble, mais elle avait décliné mon invitation parce qu’elle devait passer chercher sa fille avant le souper et qu’il lui restait une ou deux dernières petites courses à faire.

Nous nous sommes donc retrouvés chez nos amis et avons passé, ma foi, une soirée agréable. Rien d’extravagant, mais au moins je n’étais pas seule pour le réveillon. Souper, musique d’ambiance, jeux de société, minuit, souhaits échangés, et je décidai de quitter un peu avant une heure du matin, d’abord parce qu’un petit garçon de quatre ans, ça dort mieux dans son lit et puis j’étais attendue pour le repas de midi chez mes parents, le lendemain.

En arrivant chez moi, je vis un paquet dans ma boîte aux lettres. Pas une livraison des postes, non. Une boîte joliment emballée d’un papier irisé aux couleurs de Noël, enrubanné, avec une petite enveloppe glissée sous la boucle du ruban. Je suis allée déshabiller et mettre mon fils dans son lit, et je suis revenue à la porte pour prendre le paquet. Je l’ai contemplé un moment, en me demandant d’où, et de qui il venait. Sur l’enveloppe, c’était écrit : « Pour Nicole. » Aucune erreur possible, j’avais réellement reçu un cadeau de Noël inattendu. J’ai commencé par ouvrir le cadeau. Dans une belle boîte vert lime, une bouteille grand format de Vertige. Mon parfum. Les yeux embués, j’ai alors ouvert l’enveloppe tout en me demandant qui avait bien pu penser à moi avec une telle délicatesse…

Ma chère Nicole,
que ce Noël soit le premier d’une vie heureuse. Je te souhaite tout le bonheur que tu mérites.

Ton amie,
Johanne.

Je me suis mise à pleurer. Parce que grâce à Johanne, cette année-là j’ai ressenti, pour un moment magique, exactement ce que je ressentais le matin du 25 décembre, quand j’étais enfant. J’avais l’impression que le Père Noël était passé chez moi, pour moi. Oh, je savais bien qu’il n’existait pas et ce, depuis longtemps. Mais la magie de Noël, elle… Johanne me l’avait offerte.

Une décennie plus tard, j’y pense toujours. Le parfum Vertige n’existe plus, mais si je ferme les yeux et que je me remémore, j’arrive encore à ressentir l’émotion vécue. Et pour cette femme, pour ce Noël qui est à nos portes, j’ai envie de demander une chose au Père Noël :

S’il te plaît, ramène-lui sa fille

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