C’est clair?  Pas potelée, pas rondelette, pas grasse ni grassette, pas enveloppée non plus. G-R-O-S-S-E. Grosse.

J’en ai parlé à quelques reprises ici, ici et ici, et j’en parle aussi en commentaire ailleurs, quand c’est approprié de le faire. Ce que je m’apprête à dire maintenant, si c’est chez vous que je l’ai laissé en commentaire, si vous trouvez que je radote ou si ça vous tape sur les nerfs, il y a un petit X rouge dans le coin, en haut, à droite; cliquez dessus.

Bon. là on va régler quelque chose, une bonne fois pour toutes. Il y a plusieurs années, la société nous entrait dans la tête, à tout le monde, que pour être beau, il fallait être mince. C’était tellement fort, comme mentalité, que les grosses ne pouvaient pas trouver de beaux vêtements et étaient condamnées aux leggings et aux cotons ouatés si elles n’avaient pas le talent qu’il faut pour coudre elles-mêmes leurs vêtements. Faut croire que la pression sociale n’a pas été un motivateur ben ben fort, parce que l’embonpoint et l’obésité ont continué à gagner du terrain. Pour toutes sortes de raisons. C’est là que quelqu’un, quelque part, s’est rendu compte qu’il y avait une piastre à faire là, parce qu’au début des années 90 on a vu se multiplier les Intuition 14+, Claire-France, Pennington, Addition-Elle. La chaîne Reitmans a incorporé la gamme Encore, Sears ont ajouté l’étiquette Image et ainsi de suite, maintenant on trouve même des designers comme Joseph Ribkoff ou Peter Nigård qui font des vêtements en taille plus.  Les BBW ne sont désormais plus condamnées à avoir l’air d’un rôti de palette ou bien de s’affubler de trucs comme ceux-là.

Parallèlement, une nouvelle tendance de l’industrie de la santé parle désormais d’IMC plutôt que de ratio taille-poids, et on a vu naître des campagnes publicitaires positives comme l’Initiative Vraie Beauté de Dove, qui veut que les petites filles comprennent qu’on peut être belle sans se sentir obligée d’entrer dans un pattern tout fait.  Prenez votre dictionnaire des synonymes, et cherchez le mot « laid ». S’il y en a un seul qui trouve « gros, obèse, embonpoint », ou ou quoi que ce soit d’autre qui soit relatif au poids physique, je vous jure que je suis prête à manger ma chemise (sans gras trans).  ON N’EST PAS FORCÉMENT LAIDES PARCE QU’ON EST GROSSES! J’en connais qui sont foutrement laids et laides et qui pourant sont minces. La fille qui est laide ET grosse, ben croyez-moi, elle va rester laide si elle maigrit.

Je ne suis pas en train de faire l’apologie de l’obésité et du surplus de poids.  J’ai pleinement conscience que ça présente un risque pour la santé et je suis bien contente que les médias et la société misent enfin sur l’aspect santé du poids plutôt que sur l’aspect normes de beauté. Et je suis franchement d’accord avec tout ceci; je le sais bien, que ma santé est plus à risque au poids que je fais que si je pesais 125 toute nue les cheveux mouillés.  Le jour où j’aurai perdu le poids que je dois perdre, je l’aurai fait en pensant à ma santé, uniquement. 

Et je ne viendrai pas vous raconter ici tout ce qui a fait en sorte que je sois grosse aujourd’hui. Ça vous ferait du bien, cela dit, d’apprendre qu’il y a des milliers de raisons à l’obésité, mais ça vous obligerait à abandonner vos maudits préjugés et vous m’en voudriez.  Vous ne savez pas par où je suis passée, ni ce que j’ai vécu, et si je ne l’ai pas encore écrit ici, c’est juste moi que ça regarde. Je suis grosse, je sais pourquoi et je vais faire ce qu’il faut, mais seulement quand moi j’aurai décidé, pour ma santé à moi et non pour plaire à qui que ce soit. En attendant, j’en ai plus que plein mon cul de lire des méchancetés gratuites sur notre compte. Comme dans les threads de commentaires à ce billet-là ou celui-là.  Et ceux qui viendront me dire que je réagis mal parce que je n’ai pas d’humour, allez donc lire un autre thread de commentaires par là, relisez mes propres billets – ceux que j’ai mis en lien plus tôt – et essayez ensuite de me resservir le même argument. Vous risquerez de vous faire dire d’aller vous faire cuire un oeuf (bourré de cholestérol).  Je suis la première à faire des jokes de grosse, et souvent, JE suis ma propre cible. Et si ça fait rire les autres, c’est parce qu’ils le savent bien, que je suis bien dans ma peau. J’ai un mari, une famille, des amis. Ma vie sexuelle est épanouie, ne vous en déplaise, et si elle ne l’était pas, j’aurais l’embarras du choix pour y pallier, parce que je me fais davantage «cruiser» (en pleine rue, oui, oui) depuis que je suis plus grosse. Mais je me contente d’en être flattée.

On le sait toutes, que les gars dont le blog se trouve dans la blogliste des filles les plus hot de la blogosphère préfèrent les culs racing et les grosses boules (tiens, ici on aime ça, la grosseur, hein??), à condition que la porteuses des boules en question n’ait même pas l’ombre d’un pli sur la peau du ventre quand elle s’asseoit. Good on you. C’est votre droit le plus strict, que je respecte sans aucune amertume ni pointe de jalousie parce que moi, je suis heureuse là où je suis, comme je suis, avec qui je suis. Mais avez-vous songé un seul instant que c’est pas le cas de tout le monde? Qu’une grosse qui croit encore qu’elle est maudite et qu’elle finira ses jours seule avec 14 chats dans son 3 1/2 parce qu’il n’y a pas un gars qui voudra d’elle pourrait juste avoir envie de brailler, à lire ces commentaires-là? Que le gars qui aime vraiment les femmes qui ont de la poigne mais qui a du mal à l’assumer parce que ses chums vont rire de lui risque juste de continuer à sortir avec des filles minces même s’il n’aime pas ça parce qu’il ne veut pas faire rire de lui? Avez-vous seulement songé que vous n’êtes pas drôles, juste blessants? J’ai de l’humour et je suis capable de rire des jokes de grosses, quand elle sont drôles, heck, j’en fais moi-même. Mais je sais faire la différence entre la drôlerie et la méchanceté.

Je suis grosse. Mais je ne suis PAS laide. J’aime les beaux vêtements, je me maquille, je vais chez ma coiffeuse 10 fois par année et je prends soin de moi et de mon apparence. J’ai une craque de seins qui attire les regards et je ne me gêne pas pour la mettre en évidence. Et je n’en ai rien à cirer que certains soient mal à l’aise avec ça. Vos jokes plates mettent les grosses mal à l’aise depuis bien plus longtemps et personne ne vous l’avait jamais dit avant aujourd’hui. Il était temps que quelqu’un le fasse.

Au fait, saviez-vous qu’une personne obèse qui s’est battue toute sa vie contre ses problèmes de poids pourrait vous en remontrer sur le sujet de la nutrition?  Que toutes proportions gardées, un gros a pas mal plus d’endurance que vous et probablement plus de force aussi? Que le jour où il ou elle arrivera à perdre son surplus de poids, il ou elle sera à risque de tout reprendre, parce que ses cellules adipeuses ne demanderont qu’à reprendre du service et ce, pour le reste de ses jours? Que certains gros le sont à cause d’une dépendance aussi difficile à vaincre que la cigarette, l’alcool, le jeu ou la drogue? La seule différence, pour les gros, c’est que ça se voit tout de suite.

Pensez-donc à ça, la prochaine fois que vous aurez envie de rire des gros juste parce que leur différence vous confronte dans votre malaise.

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