C’est en réponse à son initiative que j’écris je tente ce billet. Parce que bien qu’intelligente, je ne suis pas une overboard intellectuelle et discourir de féminisme de manière bien théorique et profonde aurait l’air emprunté. Je n’ai aucun talent pour ça. Je n’ai pas fait d’études en féminisme et je n’en ferai probablement jamais. Chacun ses intérêts, je préfère étudier les langues. Ça ne veut pas dire que je trouve le sujet inutile, bien au contraire; mais je suis une femme beaucoup plus pratique que théorique. En un mot comme en cent, j’aime pas ça, moi, m’enfarger dans les fleurs du tapis, particulièrement en tournant autour du pot.

Bref.  Si ceux qui viendront lire ce billet en suivant le fil de commentaires chez Alex s’attendent à une longue dissertation sur le féminisme et son utilité seront déçus.  Je m’en excuse, mais il y en a qui sont tellement plus doués que moi pour ça – je leur laisse la voie libre.

Quelle est ma vision du féminisme, alors? Je crois que le mot même est devenu, à force d’abus, péjoratif et menaçant. En général, si une femme parle un peu trop fort de la condition des femmes pour la défendre, soit ici ou dans le monde, ceux que son discours dérange et certains autres ignorants la traiteront de féministe, et la plupart du temps, y accoleront l’épithète frustrée ou pire, mal baisée.  En écoutant les gens parler, on peut facilement conclure que beaucoup mettent dans le même sac toutes ces femmes qui dérangent : les féministes, les frustrées, les lesbiennes, les germaines… et j’en passe. Comme si féministe, frustrée, lesbienne, germaine, étaient tous des synonymes indépendamment interchangeables. Et c’est loin d’être le cas pourtant.  Mais je m’égare là. Ce que je veux dire, c’est que le fait me désole. 

Oui, il y a eu des féministes radicales. Au tout début du mouvement, je crois que c’était nécessaire, dans une certaine mesure. Prenez un terrain laissé à lui-même pendant des décennies, et résolvez de le réaménager pour y bâtir une maison. Vous voudrez d’abord le défricher et pour ça, la manière la plus rapide est d’utiliser un bulldozer. Sauf qu’une fois le terrain dégagé, il faut changer de méthode, parce que tout le monde sait qu’un bulldozer, ça ne sert plus à grand chose quand vient le temps de bâtir la cabane. Et je pense qu’on est rendu là depuis un bon bout de temps, ici, du moins. Plus besoin d’être aussi radical, je crois que ça fait désormais plus de mal que de bien. Voilà pour ma vision de la chose. Je me réjouis de ce que les femmes ont gagné comme terrain, depuis l’époque où elles étaient, selon la loi, rien de plus qu’une possession parmi tant d’autres, d’abord de leur père et ensuite de leur mari. Faut veiller au grain et conserver les avancées; je reconnais par ailleurs qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire car aujourd’hui, la discrimination est beaucoup plus subtile. 

Suis-je féministe? Je n’en ai aucune idée. Je crois en l’idée que les femmes doivent être respectées et traitées avec équité et ce, partout dans le monde. Je m’indigne à l’idée que dans les pays islamiques, la femme ne soit encore traitée que comme une vulgaire marchandise, sans valeur autre que de mettre au monde des enfants et servir l’Homme. J’ai mal quand je pense à l’avortement sélectif en Chine – heureusement, en 2001, le gouvernement chinois a lancé une vaste campagne de réhabilitation sociale du genre féminin quand ils ont réalisé suite à un recensement qu’il naissait en Chine 1000 petites filles pour 1100 à 1400 garçons, selon les régions. À force de voir les petites filles comme un fléau, le problème est devenu inverse.

Je suis également mère d’un garçon, un futur presqu’homme. Je l’ai élevé dans l’idée que le respect est une chose que l’on doit d’abord à soi-même et ensuite à TOUTE autre personne, sans compromis. Je n’ai fait aucune distinction entre les hommes et les femmes à ce niveau. J’ai ensuite tenté de lui expliquer que l’homme et la femme, bien qu’égaux, sont aussi complémentaires.  Qu’il existe des différences fondamentales entre les deux et que ces différences ne sont ni faiblesses, ni défauts.  Elles ne sont que différences, rien de plus, rien de moins. Et que la différence, il faut faire avec, parce qu’on n’a pas le choix, parce que c’est comme ça.  Je lui ai dit ensuite que la violence n’était acceptable dans aucun cas, jamais, jamais, jamais. Là, pour des raisons qui n’appartiennent qu’à lui et moi, j’ai dû évidemment lui expliquer qu’il arrive parfois que les hommes sont violents avec les femmes et qu’il ne fallait jamais, jamais endosser ça, ni fermer les yeux quand on en est témoin. Mais le sujet de la violence faite aux femmes a aussi ouvert la porte à la violence faite aux autres.  Hommes contre hommes. Hommes contre femmes. Femmes contre femmes. Et, oui, aussi, femmes contre hommes.  Et j’ai ouvert un pont de communication entre lui et moi qui fait qu’il peut me parler de tout ce dont il a envie, et je l’écoute et j’essaie de le guider. J’ose croire que je n’ai pas été castrante, car aujourd’hui il se tient debout pour ce qu’il est, pour ce en quoi il croit, et personne ne peut lui faire faire quoi que ce soit si lui ne veut pas. Et je le vois faire preuve de réel respect envers sa petite amie, tout en sachant poser ses limites quand il leur arrive de se quereller. Je l’ai vu prendre ses distances d’un ami quand il l’a vu agir comme un manipulateur avec sa copine, après avoir tenté de lui expliquer qu’il trouvait ça inacceptable et que l’autre l’ait envoyé promener, après avoir dit à ladite copine qu’elle ne devrait pas le laisser la traiter comme ça. Ça n’a peut-être rien changé pour les deux amis, mais Coconut, lui, dit qu’il est en paix avec lui-même, parce qu’il pense avoir dit ce qui devait être dit, et que la rupture avec son ami démontre qu’il ne cautionne pas ce genre de comportement. À l’âge où le peer pressure dicte le comportement des ados, j’avoue que cette fois-là, il m’a remplie de fierté.

Pour ma part, je pense que ça a été ça, MA contribution à la cause des femmes. Élever un bout d’homme qui sait se respecter et respecter les autres, y compris les femmes.

Alors, suis-je féministe? À vous d’en juger.

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