Côté sérieux


Tu passes une vie avec quelqu’un
Au début il t’a protégée
T’a nourrie, habillée, mis un toit sur ta tête
T’a disciplinée et tu t’es rebellée
Puis tu as vieillis un peu et compris

Tu sais qu’il t’aime et bien sûr tu l’aimes, aussi
Il n’a jamais rien dit, mais le jour de tes noces
Tu l’as bien senti, le gros nœud dans sa gorge, quand il t’a conduite.

Puis un jour, l’Horrible est venu le menacer, avec sa face de Cancer.

Une fois, le premier round, c’est lui qui l’a remporté.
Deux fois, le deuxième round, on le pensait aussi… mais.

Il est aussitôt revenu à la charge l’Horrible, avec une ruse qui n’a pas pu être esquivée.

Et là, je le regarde se battre pour gagner du temps.

Et je crains le jour où il dira : Assez de ces merdes
qui me rendent malade d’être malade,
Assez.

Ce jour-là… je serai encore plus démunie que qu’aujourd’hui,
Où je fais semblant d’être forte
Mais où la petite fille qui vit toujours en moi
N’a qu’une seule envie,
Celle de crier, de supplier :

Je t’en prie, Papa… Ne pars pas…

C’est arrivé dans la nuit de samedi à dimanche, aux petites heures. Un accident effroyable, tragique, et d’une tristesse infinie.

C’est arrivé dans ma cour, ou presque : dans ma ville, sur le chemin qui longe cette magnifique rivière que j’aime tant.

C’est arrivé bêtement, comme arrivent tous les accidents.

C’est surtout arrivé alors que ça n’aurait jamais dû arriver.

Douze adolescents. Deux presqu’adultes au sens de la loi, qui s’imaginaient peut-être qu’à 3 heures du mat, tout le monde dort et la route appartient à ceux qui sont encore debout.  Que quand tout le monde dort, les lois dorment aussi. Quand j’ai entendu que le véhicule qui a fait l’embardée transportait sept jeunes, j’ai pensé à une camionnette.  J’ai mis plusieurs minutes à y croire quand j’ai vu qu’il s’agissait d’une Rio de KIA.  Une sous-compacte, bon sang!!!  Y a-t-il quelqu’un quelque part qui pourrait me dire ce que faisait une enfant de 14 ans dans le coffre arrière d’une sous-compacte??? Sur sept, n’y en avait-il pas un seul qui a pensé que c’était illégal? Dangereux? Inacceptable?

Effet grégaire? Peer pressure? Orgueil mal placé face à un défi lancé? Manque de jugeotte? Toutes ces réponses?

Je suis la mère d’un ado et au moment où j’écris ceci, je n’ose même pas m’imaginer dans les bottines de la maman de Marie-Pier Paquette, la jeune fille dont la vie a été fauchée beaucoup, beaucoup trop tôt. Je n’ose pas parce que même sans cela, mon coeur a mal, terriblement, atrocement mal. Je sais qu’elle en a pour le reste de sa vie à s’en remettre, et à cette minute même, j’ai mal pour elle, avec elle.

Quelle bêtitude, mon Dieu…

À toute personne ayant atteint l’âge de 18 ans et ayant le droit de vote :

LE DROIT DE VOTER EST UN PRIVILÈGE, VOTEZ AUJOURD’HUI.

Ne pas vous prévaloir de votre droit de vote, surtout aujourd’hui, augmente nos chances d’avoir un gouvernement majoritaire dirigé par un redneck extrémiste et dangereux, qui veut museler la presse et les artistes (toutes catégories confondues), écraser les droits des femmes, les droits de la jeunesse et agir comme le dictateur qu’il est, en toute liberté.  C’est mon cri du coeur, aujourd’hui : VOTEZ!  Votez stratégiquement. Bloquez la route aux conservateurs vers une majorité. Notre démocratie en dépend.

Billet sérieux, tout à coup. Ceux qui me connaissent en conviendront, cela ne me ressemble pas. J’ai habitué mon monde à moins de sérieux, avec cette boutade qui vient automatiquement en réponse à « Tu es tellement drôle, toi. » : « Que veux-tu, j’ai gaspillé mon capital sérieux quand j’étais malade – ce qui me reste, je le garde pour les occasions vraiment graves. » Evidemment, faire rire les autres, c’est valorisant. Tout le monde aime rire, et celui qui est à la source du rire des autres, il a le sentiment de leur avoir apporté un peu de joie.

Mais aujourd’hui, Dame Clown est triste. Et elle ne sait pas pourquoi. C’est comme ça, simplement. Elle s’est levée ce matin, s’est vue dans le miroir et n’a pas reconnu son reflet. Il y avait là quelque chose de brisé, sans qu’elle puisse dire quoi avec précision. Le cœur au bord des lèvres. Un feu glacé au ventre. Des larmes qui menacent à tout instant de déborder. Il ne faut surtout pas, elle ne saurait pas endiguer.

Elle aimerait bien en parler, mais… En parler à qui? Et parler de quoi, d’abord? La conversation ressemblerait trop à ceci :

– Mais qu’est-ce que tu as, aujourd’hui ?
– J’en sais rien. Fichtrement rien. J’feel pas trop, mais je ne sais pas pourquoi.
– Il s’est passé quelque chose, chez toi ?
– Non… tout le monde va, à part qu’Époux-Stouflant a officiellement fini de travailler depuis ce matin, mais quand on en parle, il dit que ça va, il ne semble pas le prendre trop mal… Coconut, lui, est enfin soulagé, il a enfin eu SA guit’ et il a ENFIN réintégré sa chambre d’ado, décorée aux couleurs qu’il a lui-même choisies…
– Et au travail?
– Ça va. Il me reste 6 mois à ce mandat, et je maîtrise assez bien mes tâches et dossiers.
– Famille?
– Rien à signaler.
– Ben, alors?

Justement, ben, alors? Je l’ai dit d’emblée, Dame Clown n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Et c’est son drame. Elle s’est beaucoup donnée aux autres, ces derniers temps, avec des trésors d’écoute, de disponibilité, de conseils ou même de simple compréhension quand il n’y avait rien à rajouter. Mais ceux-là ont encore besoin d’elle. L’heure n’est pas venue pour elle de rappeler l’ascenseur, du moins pas celui qu’elle a envoyé. Alors il lui reste… moins d’elle et rien de plus.

Elle sent qu’elle doit se détacher de quelque chose, mais elle ignore quoi. Ce qu’elle sait, toutefois, c’est que cette chose dont elle doit se détacher lui fera mal si elle ne le fait pas, et lui fera tout aussi mal si elle le fait. It’s a f***ing no-win, catch-22 situation. Alors aujourd’hui, elle se mettra en petite boule dans une coquille qui ne lui a plus servi depuis très longtemps et fermera derrière elle. Le temps de trouver, le temps de SE trouver. Dieu sait le bon, ou le mal, qu’elle y trouvera. Devant la coquille, son masque de femme sereine.

Et cette fichue grippe qui dure et perdure…

Samedi dernier, dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois, j’ai eu l’immense plaisir d’assister à une première. Le lancement d’un documentaire qui devrait, à mon avis, avoir un rayonnement international.

Helen Doyle, dont j’ai déjà parlé auparavant, a réalisé une perle de documentaire. J’ai eu le grand honneur d’y apporter ma modeste contribution en termes de travail de « secrétariat de soutien ». D’où la raison de ma présence à la première.

Birlyant, une histoire tchétchène, raconte l’histoire d’une femme dont la seule arme de résistance, sa voix, l’entraîne à vivre, dans le conflit tchétchène, de nombreux drames personnels. Mais cette histoire en est également une de résilience, de courage et d’héroïsme, pour elle et ses deux filles; c’est aussi l’histoire des femmes tchétchènes qui portent en elles et sur elles le combat pour la préservation de leur histoire, de leur culture, de leur langue. J’en suis ressortie bouleversée, même si j’avais vu le script, le premier montage et la narration. Sur grand écran, avec les images finales, ça fesse encore plus.

Petite parenthèse : j’avais fait la connaissance virtuelle de Birlyant quand j’avais travaillé, chez InformAction Films, sur le documentaire Les Messagers (dont les critiques sont élogieuses, c’est par ici). Birlyant, une histoire tchétchène était la suite logique, à laquelle il a fallu un peu plus de trois longues années pour naître. Lorsqu’elle et ses deux filles sont arrivées en catastrophe au Canada, à titre de réfugiées, je leur avais fait parvenir un cadeau par l’entremise d’Helen. Un parfum d’Elizabeth Arden accompagné de sa crème pour le corps. Je me disais, à ce moment-là, que lorsqu’on a tout perdu à cause de la guerre et qu’on a du abandonner derrière soi le peu qui nous restait, la dernière chose qu’on aura l’occasion de se procurer, c’est un produit de luxe, et pourtant, c’est le genre de chose qui peut faire tellement de bien, quand on est femme… Je ne saisis qu’aujourd’hui l’ironie qui a voulu que le parfum se nomme « Provocative Woman », parce que dans le contexte, c’est bel et bien ce qui a causé son exil. Et puis, elles sont arrivées ici quelques semaines avant Noël; même si elles sont musulmanes, j’avais envie qu’elles sachent que quelqu’un avait pensé à elles, et Helen m’avait dit que ça ne les choquerait pas.

Après le visionnement, cocktail à la Cinémathèque. C’est à peine si j’ai osé aller parler à Birlyant, que je rencontrais enfin en personne pour la première fois. Comme Helen était occupée a recevoir des félicitations bien méritées de la part de tous les invités, je me suis présentée; et même si je n’aime pas rappeler un geste de gentillesse posé (quand il vient de moi), c’était le seul point de référence que j’avais pour qu’elle sache qui j’étais. Nous nous sommes donc parlé par l’entremise de sa plus jeune fille, Aset. Quand elle a expliqué à Birlyant qui j’étais, celle-ci m’a pris la main, et s’est mise à parler très vite à Aset, qui m’a traduit ceci : « Nous étions très contentes du cadeau, il a nous a fait beaucoup plaisir. Ma mère a voulu vous rencontrer dès cet instant, mais elle n’osait pas vous téléphoner puisqu’elle ne parle pas français, mais maintenant vous devez venir nous voir à la maison. Chez les Tchétchènes, on vient sans avertir, nous sommes des gens simples. » Birlyant a rajouté, avec son accent et son sourire espiègle : « Pour prrrratiquer frrrançaise. » Inutile de dire que je suis encore toute remuée de cette invitation, et je compte bien les visiter bientôt. Quelques moments plus tard, elle rajoutait (par le biais d’Aset) : « Quand nous sommes arrivées au Canada, j’étais découragée car j’avais vraiment tout perdu. Ensuite nous avons reçu le parfum, et j’ai pensé « tout n’est pas fini, car il y a encore des personnes bonnes. » Tout n’est pas fini. C’est spécial, la portée qu’un geste peut avoir. Un geste anodin pour moi qui ne voulais simplement que leur offrir un petit gage d’espoir et de bienvenue et qui a, semble-t-il, fait la différence entre le désespoir et l’espoir, pour elle. Comme lorsqu’on lance un galet sur un lac, et qu’il rebondit, et rebondit, et rebondit…

Samedi dernier, c’était le 23 février. 64 ans auparavant, jour pour jour, Staline déportait tout un peuple de son territoire et espérait son annihilation complète. Samedi dernier, la Tchétchénie survivait encore.

Le film a été sélectionné pour le Festival International de films de femmes de Créteil (France) et sera projeté le 16 mars en première européenne; une autre projection est prévue à une date à déterminer. Au Québec, il sera à l’affiche du cinéma Ex-Centris à Montréal, au CLAP de Québec et à Sherbrooke, et ensuite sera diffusé à Télé-Québec. Lorsque je connaîtrai les dates, j’en ferai un billet ou je mettrai à jour celui-ci.

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Après le cocktail, en revenant vers ma voiture, j’ai croisé un autre réalisateur que je trouve génial, avec qui j’ai aussi travaillé sur le script d’un long métrage documentaire qui sera bientôt lancé. Il m’a demandé mon courriel, pour que j’y assiste, et j’en trépigne déjà d’impatience. Je n’en dis pas plus, c’est le sujet d’un autre billet…

Lâcheté. Paresse. Faiblesse personnelle.  

Le ministère de la santé du Québec vient de lancer une première campagne de sensibilisation et d’information visant à combattre les préjugés sur la dépression.

J’ai vu une première publicité à la télévision cette semaine, qui montre un homme qui achète des fleurs pour un collègue en dépression mais qui lui reproche, dans la carte qui accompagne les fleurs, d’utiliser cette excuse pour avoir des vacances payées. Punché. Je présume qu’il y aura d’autres publicités, mais d’emblée, je réagis à cette initiative par un gros Bravo. Il était temps qu’on en parle, qu’on identifie les préjugés auxquels les personnes souffrant de dépression doivent faire face. Le site web consacré à cette campage est bien fait, clair et précis. Le questionnaire visant à évaluer notre perception de la dépression vaut la peine de prendre quelques minutes pour y répondre.

On y trouve aussi des références et un lien vers un questionnaire d’autoévaluation, parmi bien d’autres ressources. J’ai aussi mis tous ces liens vers cette page que j’avais écrite au début de l’année.

Pour le bien de ceux qui en souffrent, il faut en parler. Le ministre Couillard a déclaré, au lancement de la campagne, que «La recherche et les témoignages des personnes atteintes de dépression démontrent clairement que les préjugés constituent un frein important à leur rétablissement. Ces préjugés, qui associent la dépression à une faiblesse personnelle plutôt qu’à une maladie, contrecarrent les efforts des personnes touchées pour parler, s’informer, consulter, accepter le diagnostic et suivre les traitements nécessaires, tout en contribuant aux risques de rechute.»

Faites passer le message.

Lorsque je suis seule quelque part, et qu’il n’y a aucun bruit, ils sont là, eux, et se manifestent. Ils m’accompagnent toute la journée, de l’éveil à la nuit, sans relâche. Ils se font parfois plus discrets, du moins en ai-je l’impression, quand mon attention est absorbée par une tâche ou une activité quelconque, mais ils ne me quittent pas pour autant. Bien honnêtement, ce n’est pas à ce moment-là qu’ils sont le plus dérangeants. J’en suis même venue à avoir l’impression qu’ils font partie de ma vie, qu’ils font partie de moi.

Mais la plupart du temps, ils m’empoisonnent l’existence. Ils tordent les mots qu’on me destine, ils m’empêchent d’entendre quand on s’adresse à moi, de loin. Si je veux dormir, eux, ils tentent l’impossible pour que ça n’arrive pas, puisque quand je dors, je ne réalise pas que je les entends. J’ai parfois peur qu’un jour, ils prennent tant de force que j’en vienne à croire que la surdité totale serait préférable. En ce moment même, tout ce qui compose la trame sonore de ma vie quotidienne se déroule en arrière-plan, parce qu’eux ont décidé de voler la vedette. Que je le veuille ou non. Et je ne peux même pas me boucher les oreilles pour ne plus entendre, parce qu’ils viennent de l’intérieur.

Je veux à nouveau entendre le bruit des feuilles dans le vent d’automne. J’ai envie du silence autour de moi, comme d’un verre d’eau en pleine canicule. Je voudrais qu’ils se taisent… à jamais.

Est-ce possible?

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